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Police et LGB : sortir des idées reçues

11/10/2026

Police et LGB : sortir des idées reçues

Bonbon Rose est lesbienne et policière au sein de la Police nationale depuis 23 ans. Récemment membre du collectif Focus LGB, elle nous livre un témoignage personnel sur son parcours, son vécu de l’homosexualité dans l’institution policière et les idées reçues qui persistent à son sujet. À travers son expérience, elle nous invite à dépasser les caricatures et à porter un regard plus nuancé sur la place des personnes LGB au sein de la police, ainsi que sur les relations entre police et minorités sexuelles.

Voici son témoignage :

"Ah, la Police nationale… et l’image que l’on s’en fait. Une institution réputée virile, parfois caricaturée comme une forteresse du machisme, où régneraient l’intolérance, le sexisme et, bien sûr, l’homophobie. C’est du moins ce qu’affirment ses détracteurs. Pourtant, comment expliquer que tant de femmes et d’hommes homosexuels (et même des collègues transgenres, oui, oui, je vous assure) choisissent d’y faire carrière ? À tous les grades, dans tous les services. Du policier de police secours en uniforme à l’enquêteur, du motard au membre d’un groupe d’intervention comme le RAID, ne vous y trompez pas : nous sommes partout. Alors, où est cette police uniformément homophobe que certains décrivent ? Existe-t-elle vraiment ? Ou la réalité est-elle, comme souvent, bien plus nuancée ?

Au risque d’en décevoir certains, je vais vous raconter la mienne. Ma vision de la police, mais surtout celle d’une homosexuelle dans les rangs de la Police nationale.

Je suis policière. Je suis lesbienne. Voilà vingt-trois ans que je porte l’uniforme.

Durant toutes ces années, l’homophobie que j’ai rencontrée n’est pas venue de la pomme… mais bien plus souvent du ver qui gravite autour. Si j’ai choisi d’écrire ces lignes, ce n’est pas pour dresser le portrait d’une police parfaite. Elle ne l’est pas. Comme toute institution composée d’êtres humains, elle connaît ses travers, ses maladresses et parfois même ses dérives. Mais il y a une différence entre reconnaître les défauts d’une institution et la résumer à ses pires caricatures.

 

L’image de la police

 

Si l’on fait un peu de sémantique, rappelons que la police est, à l’origine, un métier d’hommes. Pendant longtemps, les femmes n’y occupaient qu’une place limitée. Leur accès était encadré par des quotas, cantonné à certaines fonctions, tandis que d’autres leur étaient tout simplement interdites au seul motif de leur sexe. Le concours de gardien de la paix ne leur sera ouvert qu’en 1978.

Les choses évolueront progressivement au cours des années 1980 et 1990. Les restrictions disparaîtront peu à peu pour tendre, pas à pas, vers une véritable égalité professionnelle.

Pour mesurer à quel point cette évolution est récente, il suffit de replonger dans mon propre parcours. Lorsque je sors d’école en 2003, les postes en Compagnies républicaines de sécurité sont encore fermés aux femmes. Ce n’est que quelques années plus tard qu’ils leur seront enfin accessibles.

Pendant des décennies, la police a donc porté l’image d’une institution masculine, construite par des hommes et pour des hommes. Dans l’imaginaire collectif, cela suffisait presque à l’associer au patriarcat : une hiérarchie virile, une culture de la force, un univers où la masculinité semblait être la norme et où tout ce qui s’en éloignait paraissait suspect.

À partir de là, le raccourci est vite fait. Si la police est perçue comme un bastion du patriarcat, elle devient, dans l’esprit de certains, forcément machiste. Et si elle est machiste, elle serait nécessairement sexiste, homophobe et intolérante à la différence. Comme si toutes ces étiquettes allaient de soi et formaient un tout indissociable.

Pourtant, cette vision mérite d’être nuancée. Si l’histoire explique en partie cette réputation, elle ne suffit pas à raconter ce qu’est devenue la police aujourd’hui.

Les clichés voudraient qu’elle soit intrinsèquement raciste, sexiste, homophobe, violente. Cette image est régulièrement entretenue dans le débat public, notamment par une partie de la classe politique qui n’hésite pas à présenter l’institution tout entière comme responsable des dérives de quelques-uns. Une caricature qui nourrit le police bashing et fait oublier une évidence : une institution ne se résume jamais à ses pires éléments.

Le paradoxe est d’ailleurs saisissant. Ceux qui rappellent, à juste titre, qu’il ne faut jamais juger une personne en raison de son origine, de son sexe ou de son orientation sexuelle tombent parfois dans le travers qu’ils dénoncent en attribuant les mêmes défauts à l’ensemble des policiers. Comme si porter un uniforme suffisait à gommer les individualités. Mon expérience est pourtant tout autre.

La police est une institution profondément hétéroclite. Elle est sans doute l’un des reflets les plus fidèles de la société française. On y croise toutes les origines, toutes les sensibilités, toutes les convictions et toutes les orientations sexuelles. J’aime d’ailleurs dire qu’aujourd’hui la police est devenue « black, blanc, beur… et arc-en-ciel ». Chacun y apporte son histoire, son parcours et sa personnalité. Et, contrairement à ce que certains imaginent, chacun peut y trouver sa place.

C’est précisément ce qui m’amène à une question que l’on me pose souvent lorsque l’on découvre mon orientation sexuelle : ai-je toujours parlé librement de mon homosexualité au sein de la police ? Ou, comme beaucoup d’autres personnes LGB dans le monde du travail, ai-je d’abord choisi de rester discrète ?

 

Faire son coming out… ou pas ?

 

Je crois qu’en réalité, je me suis interrogée sur mon homosexualité à chaque étape de mon parcours professionnel. J’ai toujours été passionnée par les métiers en uniforme, par cette volonté d’aider mon prochain et de porter fièrement les couleurs de la République. Avant même mes 18 ans, j’avais déjà passé les concours de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre (sous-officier) et de gardien de la paix.

Avec le raisonnement d’une jeune adulte tout juste sortie de l’adolescence, je me suis rapidement dit que la vie en caserne pourrait poser problème si je souhaitais ne pas « sortir du placard ».

Il faut aussi se rappeler du contexte : nous sommes en 2002. L’homosexualité n’est plus un délit que depuis vingt et un ans. Cela peut sembler long, mais lorsqu’on parle de l’évolution des mentalités, l’échelle du temps est toute autre. Mon coming out auprès de ma famille avait déjà été particulièrement délicat. C’est donc après une mûre réflexion que j’ai choisi d’intégrer une école de police.

À ma grande surprise, dès la première semaine, une camarade de classe, qui deviendra ma binôme et prendra une place importante dans ma vie, me demanda sans le moindre préambule : « Ton copain, c’est une copine, non ? » Je lui ai répondu timidement. C’est ainsi que, presque malgré moi, a commencé mon coming out professionnel.

Le bilan de ces vingt-trois années est finalement assez simple : la seule période où j’ai tenté de cacher qui j’étais a aussi été la plus difficile. C’était ma première année à Paris, sur mon premier poste. Le fait de ne rien dire alimentait les interrogations et les suppositions dans mon dos. Lorsque j’ai finalement percé l’abcès, je me suis rendu compte que mes réticences et mes craintes existaient surtout dans mon imagination, nourries par l’image que véhiculaient des personnes qui ne connaissaient pas la police et n’avaient jamais mis les pieds dans cette institution.

À l’inverse de tout ce que j’avais imaginé, les collègues qui semblaient les plus machos étaient souvent les premiers à me protéger lorsque des personnes extérieures tenaient des propos homophobes. Pourtant, je ne corresponds pas au stéréotype de la lesbienne butch, et je précise que ce n’est en aucun cas un jugement de valeur.

J’ai également connu des collègues plus discrets, surtout des hommes, qui évitaient de parler de leur homosexualité sans pour autant la nier, notamment au cours de mes premières années de carrière.

Aujourd’hui, je rencontre beaucoup plus rarement des collègues qui restent dans le placard. Les conversations sont devenues naturelles : nous parlons de nos compagnes ou de nos compagnons exactement comme nos collègues hétérosexuels parlent de leur vie de couple.

En résumé, il existe de l’homophobie dans la police, comme il en existe dans l’ensemble de la société : ni plus, ni moins. En vingt-trois ans de carrière, les situations où j’ai été confrontée à des propos ou des gestes homophobes sont d’ailleurs venues plus souvent de l’extérieur, alors que je défendais verbalement des personnes LGB, que de mes propres collègues. Même certains « vieux grincheux » de l’ancienne génération sont venus me soutenir lors des débats sur le mariage pour tous, ou m’ont accompagnée à une Marche des Fiertés. Ils ne voyaient pas seulement en moi une lesbienne, ils voyaient avant tout leur collègue et leur amie.

Session de formation à l’accueil des victimes et au traitement des affaires à caractère homophobe, au sein de l'École de Police.

La réalité du terrain

La réalité du terrain s’est souvent révélée bien différente de l’image que je m’en faisais avant d’intégrer la police. Cette impression s’est confirmée au fil des années, non seulement dans les relations avec mes collègues, mais aussi au contact du public. Je me souviens notamment d’une plainte que je prenais dans un bureau de police. Un homme, en parlant de son ex-compagne, s’est exclamé : « Vous vous rendez compte, cette pute, elle est partie avec une femme ! ». Je lui ai simplement demandé de modérer ses propos. Il s’est alors levé, très agressif, et m’a lancé : « Qu’est-ce que t’as, toi ? T’es une sale gouine aussi ? Tu veux bouffer ma b… ». Avant même que j’aie le temps de réagir, plusieurs collègues sont intervenus. Ils ont immédiatement condamné ces propos, rappelé qu’ils étaient inacceptables et m’ont encouragée à déposer plainte pour injures à caractère homophobe. Ce jour-là, je n’ai pas eu le sentiment d’être « la collègue lesbienne ». J’étais simplement une collègue que l’on respectait et que l’on défendait.

À l’inverse, il m’est également arrivé d’être accusée de propos homophobes par un citoyen. L’accusation était totalement mensongère. Le paradoxe de la situation, c’est que j’ai dû mettre en avant ma propre homosexualité pour démontrer l’absurdité de ces accusations.

Plus généralement, certaines interventions, notamment dans des quartiers où les insultes homophobes faisaient partie du vocabulaire courant, donnaient régulièrement lieu à des dérapages. Dès que je demandais à un individu de modérer ses propos, les insultes pouvaient se retourner contre moi. Là encore, mes collègues prenaient systématiquement position et rappelaient que ces propos n’avaient leur place ni dans la rue, ni dans nos rangs.

Au terme de ces vingt-trois années de carrière, une conviction s’est imposée à moi : derrière un uniforme, il y a avant tout des femmes et des hommes. Des personnes qui, pour la très grande majorité, ont choisi ce métier par vocation, avec l’envie de protéger, d’aider et de servir les autres.

Pendant toutes ces années, j’ai surtout rencontré des collègues qui m’ont jugée sur mon travail, ma loyauté et mes qualités humaines bien avant mon orientation sexuelle.

Les généralisations sont toujours dangereuses. Elles enferment les individus dans une étiquette et empêchent de voir la réalité, qui est infiniment plus nuancée.

Mon histoire n’a pas vocation à dire que tout est parfait dans la police. Elle montre simplement qu’une institution ne se résume jamais à ses pires représentants, pas plus qu’elle ne peut être jugée à travers les préjugés qui circulent à son sujet.

Quand je dis que le ver ne venait pas de la pomme mais de l’extérieur, je ne prétends pas que toutes les pommes sont parfaites. Je dis simplement que, dans mon histoire, ce n’est pas l’arbre qui m’a blessée, mais bien souvent ceux qui lui jetaient des pierres.

 

Les personnes LGB sont partout dans la police… et surtout là pour vous aider

S’il est une idée que j’aimerais faire tomber, c’est bien celle selon laquelle les personnes LGB seraient des exceptions dans la police. La réalité est tout autre. Nous sommes partout. Dans les commissariats, dans les services d’investigation, à la Police secours, en Police judiciaire, dans les CRS, dans les services de renseignement, dans les unités spécialisées et même au sein des groupes les plus prestigieux. Notre orientation sexuelle n’est ni un critère de recrutement, ni un obstacle à une carrière.

Je me souviens d’ailleurs d’un échange qui m’avait fait sourire lorsque j’ai postulé dans un service d’investigation particulièrement recherché. Le chef de groupe m’avait lancé, avec son humour bien à lui : « Au moins, ça ne mettra pas la pagaille avec les garçons. » La remarque ferait sans doute bondir certains aujourd’hui. Pourtant, je ne l’ai jamais vécue comme une attaque. Au contraire, elle traduisait une forme de normalité. Mon orientation sexuelle n’était pas un problème, elle devenait presque un sujet de plaisanterie parmi d’autres, comme il en existe dans toutes les équipes soudées.

Cette présence des personnes LGB ne se limite pas aux effectifs. Depuis plusieurs années, la police s’est également dotée de relais destinés à mieux accompagner les victimes de discriminations, mais aussi les collègues qui pourraient rencontrer des difficultés.

L’association FLAG!, créée par des policiers, des gendarmes et d’autres agents du ministère de l’Intérieur, œuvre depuis de nombreuses années contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Elle participe à la sensibilisation des personnels, accompagne les victimes et constitue un interlocuteur identifié pour celles et ceux qui souhaitent être écoutés ou conseillés.

Dans de nombreux services, des référents sont également identifiés afin d’accueillir les victimes d’infractions à caractère homophobe ou transphobe dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs organisations syndicales disposent elles aussi de représentants vers lesquels les collègues peuvent se tourner en toute confidentialité lorsqu’ils en ressentent le besoin.

La police a également accompagné l’évolution de la société concernant les personnes transgenres. J’ai connu des collègues ayant effectué leur transition avant leur entrée dans la police, d’autres au cours de leur carrière. Derrière les débats parfois très médiatisés, la réalité quotidienne est souvent bien plus simple : un collègue reste un collègue. Lorsqu’une personne entreprend une transition, l’institution met progressivement en place les adaptations nécessaires afin qu’elle puisse poursuivre sa carrière dans les meilleures conditions possibles, avec le respect qui est dû à chacun.

Récemment, j’ai eu l’occasion d’assister à un séminaire organisé par la Gendarmerie nationale, et plus particulièrement par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine. Cette formation avait pour objectif de sensibiliser policiers et gendarmes aux différentes formes de discrimination, notamment celles liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, afin d’améliorer l’accueil des victimes, la conduite des enquêtes et d’éviter que certains comportements puissent être perçus comme discriminatoires.

Ces initiatives montrent que l’institution évolue et cherche, comme beaucoup d’autres administrations, à mieux prendre en compte les réalités auxquelles sont confrontés ses agents comme les citoyens.

L’association FLAG!, qui rassemble des policiers et gendarmes LGBT, participe à la Marche des Fiertés de Paris depuis 2002. Pourtant, ces dernières années, sa présence a fait l’objet d’appels au rejet de la part d’autres participants.

J’observe néanmoins une évolution qui m’interroge.

Lorsque j’ai commencé ma carrière, le combat des personnes homosexuelles consistait avant tout à être considérées comme des citoyens comme les autres. Nous demandions les mêmes droits, les mêmes devoirs et le même respect que tout le monde. Notre orientation sexuelle n’avait pas vocation à devenir notre identité.

Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que le débat public a changé de nature. À force de vouloir tout catégoriser, tout étiqueter et tout politiser, on remet sans cesse l’orientation sexuelle au centre de la définition des individus. Je le regrette profondément.

Je m’interroge également sur l’élargissement permanent des revendications regroupées sous le sigle LGBT, devenu au fil des années LGBT+, LGBTQIA+ et d’autres déclinaisons encore. Chacun est évidemment libre de défendre les causes qui lui tiennent à cœur. En revanche, je ne me reconnais pas dans l’idée selon laquelle toutes ces revendications formeraient un seul et même combat.

À mes yeux, le combat historique des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles était celui de l’égalité devant la loi et de l’acceptation sociale. À vouloir agréger des revendications très différentes, parfois sans rapport avec l’orientation sexuelle, j’ai le sentiment que ce message est devenu moins audible.

Je crois même que cette évolution a parfois produit l’effet inverse de celui recherché. À force de remettre sans cesse l’accent sur ce qui nous distingue, on finit par recréer des catégories que nous avions justement cherché à faire disparaître. Là où beaucoup d’entre nous aspiraient simplement à vivre normalement, sans être définis par leur orientation sexuelle, nous sommes à nouveau renvoyés à une étiquette.

Je m’interroge aussi sur les conséquences de certains discours politiques. Lorsqu’à longueur de plateaux de télévision ou de tribunes, on présente la police comme une institution de « fachos », d’homophobes ou de « tueurs », on ne stigmatise plus seulement une institution : on stigmatise aussi celles et ceux qui la composent. Et parmi eux, il y a des milliers de policiers homosexuels, bisexuels et transgenres.

À force d’opposer systématiquement la police aux minorités, on finit par faire croire qu’un policier ne pourrait pas être lui-même membre de ces minorités. Cette vision caricaturale nourrit les fractures, alimente les rancœurs et, à mes yeux, remet une cible sur le dos de personnes qui n’aspirent pourtant qu’à vivre normalement. Les policiers homosexuels ne devraient jamais avoir à choisir entre leur uniforme et leur orientation sexuelle, pas plus qu’ils ne devraient être sommés de choisir un camp politique.

Ce n’est que mon regard, forgé par vingt-trois années de police et par mon propre parcours. D’autres auront sans doute une analyse différente. Mais si je devais résumer ma pensée en une phrase, ce serait celle-ci : je n’ai jamais voulu être une policière lesbienne. J’ai simplement toujours voulu être une policière.

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, en mai 2026, la préfecture de police de Paris arbore les couleurs arc-en-ciel.

Ma conclusion

La police n’est pas un monde à part. Elle est le reflet de la société qu’elle protège. On y trouve des femmes et des hommes remarquables, d’autres plus maladroits, parfois quelques imbéciles aussi. Comme partout.

Alors oui, j’ai croisé des policiers homophobes au cours de ma carrière. Je mentirais en prétendant le contraire. Mais en vingt-trois ans de service, ils ont toujours été une minorité. Ils n’ont jamais incarné la police à eux seuls. C’est là que revient l’image du ver dans la pomme. On aime dire que la pomme est pourrie lorsqu’on aperçoit un ver. Pourtant, le plus souvent, la pomme est saine. Réduire une institution de plus de cent cinquante mille femmes et hommes à quelques individus, c’est commettre la même erreur que celle que l’on dénonce lorsqu’on enferme une personne dans une caricature.

Mon rêve est finalement assez simple : que l’on cesse un jour de s’étonner qu’une policière puisse être lesbienne, qu’un motard puisse être gay, qu’un enquêteur soit bisexuel ou qu’un opérateur du RAID vive avec un homme. Que cela n’intéresse plus personne. Parce que cela n’aura plus aucune importance.

J’espère qu’un jour, dans la police comme dans le reste de la société, l’orientation sexuelle ne sera plus un sujet de curiosité, encore moins de débat. Qu’elle sera simplement une réalité ordinaire, pleinement intégrée, sans qu’il soit nécessaire de la mettre en avant, de la justifier ou de la commenter.

Je ne prétends pas détenir la vérité. Je raconte simplement la mienne. Celle d’une femme. Celle d’une lesbienne. Celle d’une policière qui, après vingt-trois ans de service, n’a jamais eu besoin de choisir entre son uniforme et son identité.

Et si mon témoignage peut faire tomber une caricature, susciter une réflexion ou simplement rappeler qu’avant les étiquettes, il y a des êtres humains, alors il aura rempli sa mission."

Bonbon Rose pour Focus LGB

Homophobie France

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