11/10/2026
Voici son témoignage :
"Ah, la Police nationale… et l’image que l’on s’en fait. Une institution réputée virile, parfois caricaturée comme une forteresse du machisme, où régneraient l’intolérance, le sexisme et, bien sûr, l’homophobie. C’est du moins ce qu’affirment ses détracteurs. Pourtant, comment expliquer que tant de femmes et d’hommes homosexuels (et même des collègues transgenres, oui, oui, je vous assure) choisissent d’y faire carrière ? À tous les grades, dans tous les services. Du policier de police secours en uniforme à l’enquêteur, du motard au membre d’un groupe d’intervention comme le RAID, ne vous y trompez pas : nous sommes partout. Alors, où est cette police uniformément homophobe que certains décrivent ? Existe-t-elle vraiment ? Ou la réalité est-elle, comme souvent, bien plus nuancée ?

Au risque d’en décevoir certains, je vais vous raconter la mienne. Ma vision de la police, mais surtout celle d’une homosexuelle dans les rangs de la Police nationale.
Je suis policière. Je suis lesbienne. Voilà vingt-trois ans que je porte l’uniforme.
Durant toutes ces années, l’homophobie que j’ai rencontrée n’est pas venue de la pomme… mais bien plus souvent du ver qui gravite autour. Si j’ai choisi d’écrire ces lignes, ce n’est pas pour dresser le portrait d’une police parfaite. Elle ne l’est pas. Comme toute institution composée d’êtres humains, elle connaît ses travers, ses maladresses et parfois même ses dérives. Mais il y a une différence entre reconnaître les défauts d’une institution et la résumer à ses pires caricatures.
L’image de la police
Si l’on fait un peu de sémantique, rappelons que la police est, à l’origine, un métier d’hommes. Pendant longtemps, les femmes n’y occupaient qu’une place limitée. Leur accès était encadré par des quotas, cantonné à certaines fonctions, tandis que d’autres leur étaient tout simplement interdites au seul motif de leur sexe. Le concours de gardien de la paix ne leur sera ouvert qu’en 1978.
Les choses évolueront progressivement au cours des années 1980 et 1990. Les restrictions disparaîtront peu à peu pour tendre, pas à pas, vers une véritable égalité professionnelle.
Pour mesurer à quel point cette évolution est récente, il suffit de replonger dans mon propre parcours. Lorsque je sors d’école en 2003, les postes en Compagnies républicaines de sécurité sont encore fermés aux femmes. Ce n’est que quelques années plus tard qu’ils leur seront enfin accessibles.
Pendant des décennies, la police a donc porté l’image d’une institution masculine, construite par des hommes et pour des hommes. Dans l’imaginaire collectif, cela suffisait presque à l’associer au patriarcat : une hiérarchie virile, une culture de la force, un univers où la masculinité semblait être la norme et où tout ce qui s’en éloignait paraissait suspect.
À partir de là, le raccourci est vite fait. Si la police est perçue comme un bastion du patriarcat, elle devient, dans l’esprit de certains, forcément machiste. Et si elle est machiste, elle serait nécessairement sexiste, homophobe et intolérante à la différence. Comme si toutes ces étiquettes allaient de soi et formaient un tout indissociable.
Pourtant, cette vision mérite d’être nuancée. Si l’histoire explique en partie cette réputation, elle ne suffit pas à raconter ce qu’est devenue la police aujourd’hui.
Les clichés voudraient qu’elle soit intrinsèquement raciste, sexiste, homophobe, violente. Cette image est régulièrement entretenue dans le débat public, notamment par une partie de la classe politique qui n’hésite pas à présenter l’institution tout entière comme responsable des dérives de quelques-uns. Une caricature qui nourrit le police bashing et fait oublier une évidence : une institution ne se résume jamais à ses pires éléments.
Le paradoxe est d’ailleurs saisissant. Ceux qui rappellent, à juste titre, qu’il ne faut jamais juger une personne en raison de son origine, de son sexe ou de son orientation sexuelle tombent parfois dans le travers qu’ils dénoncent en attribuant les mêmes défauts à l’ensemble des policiers. Comme si porter un uniforme suffisait à gommer les individualités. Mon expérience est pourtant tout autre.
La police est une institution profondément hétéroclite. Elle est sans doute l’un des reflets les plus fidèles de la société française. On y croise toutes les origines, toutes les sensibilités, toutes les convictions et toutes les orientations sexuelles. J’aime d’ailleurs dire qu’aujourd’hui la police est devenue « black, blanc, beur… et arc-en-ciel ». Chacun y apporte son histoire, son parcours et sa personnalité. Et, contrairement à ce que certains imaginent, chacun peut y trouver sa place.
C’est précisément ce qui m’amène à une question que l’on me pose souvent lorsque l’on découvre mon orientation sexuelle : ai-je toujours parlé librement de mon homosexualité au sein de la police ? Ou, comme beaucoup d’autres personnes LGB dans le monde du travail, ai-je d’abord choisi de rester discrète ?
Faire son coming out… ou pas ?
Je crois qu’en réalité, je me suis interrogée sur mon homosexualité à chaque étape de mon parcours professionnel. J’ai toujours été passionnée par les métiers en uniforme, par cette volonté d’aider mon prochain et de porter fièrement les couleurs de la République. Avant même mes 18 ans, j’avais déjà passé les concours de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre (sous-officier) et de gardien de la paix.
Avec le raisonnement d’une jeune adulte tout juste sortie de l’adolescence, je me suis rapidement dit que la vie en caserne pourrait poser problème si je souhaitais ne pas « sortir du placard ».
Il faut aussi se rappeler du contexte : nous sommes en 2002. L’homosexualité n’est plus un délit que depuis vingt et un ans. Cela peut sembler long, mais lorsqu’on parle de l’évolution des mentalités, l’échelle du temps est toute autre. Mon coming out auprès de ma famille avait déjà été particulièrement délicat. C’est donc après une mûre réflexion que j’ai choisi d’intégrer une école de police.
À ma grande surprise, dès la première semaine, une camarade de classe, qui deviendra ma binôme et prendra une place importante dans ma vie, me demanda sans le moindre préambule : « Ton copain, c’est une copine, non ? » Je lui ai répondu timidement. C’est ainsi que, presque malgré moi, a commencé mon coming out professionnel.
Le bilan de ces vingt-trois années est finalement assez simple : la seule période où j’ai tenté de cacher qui j’étais a aussi été la plus difficile. C’était ma première année à Paris, sur mon premier poste. Le fait de ne rien dire alimentait les interrogations et les suppositions dans mon dos. Lorsque j’ai finalement percé l’abcès, je me suis rendu compte que mes réticences et mes craintes existaient surtout dans mon imagination, nourries par l’image que véhiculaient des personnes qui ne connaissaient pas la police et n’avaient jamais mis les pieds dans cette institution.
À l’inverse de tout ce que j’avais imaginé, les collègues qui semblaient les plus machos étaient souvent les premiers à me protéger lorsque des personnes extérieures tenaient des propos homophobes. Pourtant, je ne corresponds pas au stéréotype de la lesbienne butch, et je précise que ce n’est en aucun cas un jugement de valeur.
J’ai également connu des collègues plus discrets, surtout des hommes, qui évitaient de parler de leur homosexualité sans pour autant la nier, notamment au cours de mes premières années de carrière.
Aujourd’hui, je rencontre beaucoup plus rarement des collègues qui restent dans le placard. Les conversations sont devenues naturelles : nous parlons de nos compagnes ou de nos compagnons exactement comme nos collègues hétérosexuels parlent de leur vie de couple.
En résumé, il existe de l’homophobie dans la police, comme il en existe dans l’ensemble de la société : ni plus, ni moins. En vingt-trois ans de carrière, les situations où j’ai été confrontée à des propos ou des gestes homophobes sont d’ailleurs venues plus souvent de l’extérieur, alors que je défendais verbalement des personnes LGB, que de mes propres collègues. Même certains « vieux grincheux » de l’ancienne génération sont venus me soutenir lors des débats sur le mariage pour tous, ou m’ont accompagnée à une Marche des Fiertés. Ils ne voyaient pas seulement en moi une lesbienne, ils voyaient avant tout leur collègue et leur amie.

Session de formation à l’accueil des victimes et au traitement des affaires à caractère homophobe, au sein de l'École de Police.
La réalité du terrain
La réalité du terrain s’est souvent révélée bien différente de l’image que je m’en faisais avant d’intégrer la police. Cette impression s’est confirmée au fil des années, non seulement dans les relations avec mes collègues, mais aussi au contact du public. Je me souviens notamment d’une plainte que je prenais dans un bureau de police. Un homme, en parlant de son ex-compagne, s’est exclamé : « Vous vous rendez compte, cette pute, elle est partie avec une femme ! ». Je lui ai simplement demandé de modérer ses propos. Il s’est alors levé, très agressif, et m’a lancé : « Qu’est-ce que t’as, toi ? T’es une sale gouine aussi ? Tu veux bouffer ma b… ». Avant même que j’aie le temps de réagir, plusieurs collègues sont intervenus. Ils ont immédiatement condamné ces propos, rappelé qu’ils étaient inacceptables et m’ont encouragée à déposer plainte pour injures à caractère homophobe. Ce jour-là, je n’ai pas eu le sentiment d’être « la collègue lesbienne ». J’étais simplement une collègue que l’on respectait et que l’on défendait.
À l’inverse, il m’est également arrivé d’être accusée de propos homophobes par un citoyen. L’accusation était totalement mensongère. Le paradoxe de la situation, c’est que j’ai dû mettre en avant ma propre homosexualité pour démontrer l’absurdité de ces accusations.
Plus généralement, certaines interventions, notamment dans des quartiers où les insultes homophobes faisaient partie du vocabulaire courant, donnaient régulièrement lieu à des dérapages. Dès que je demandais à un individu de modérer ses propos, les insultes pouvaient se retourner contre moi. Là encore, mes collègues prenaient systématiquement position et rappelaient que ces propos n’avaient leur place ni dans la rue, ni dans nos rangs.
Au terme de ces vingt-trois années de carrière, une conviction s’est imposée à moi : derrière un uniforme, il y a avant tout des femmes et des hommes. Des personnes qui, pour la très grande majorité, ont choisi ce métier par vocation, avec l’envie de protéger, d’aider et de servir les autres.
Pendant toutes ces années, j’ai surtout rencontré des collègues qui m’ont jugée sur mon travail, ma loyauté et mes qualités humaines bien avant mon orientation sexuelle.
Les généralisations sont toujours dangereuses. Elles enferment les individus dans une étiquette et empêchent de voir la réalité, qui est infiniment plus nuancée.
Mon histoire n’a pas vocation à dire que tout est parfait dans la police. Elle montre simplement qu’une institution ne se résume jamais à ses pires représentants, pas plus qu’elle ne peut être jugée à travers les préjugés qui circulent à son sujet.
Quand je dis que le ver ne venait pas de la pomme mais de l’extérieur, je ne prétends pas que toutes les pommes sont parfaites. Je dis simplement que, dans mon histoire, ce n’est pas l’arbre qui m’a blessée, mais bien souvent ceux qui lui jetaient des pierres.
Les personnes LGB sont partout dans la police… et surtout là pour vous aider
S’il est une idée que j’aimerais faire tomber, c’est bien celle selon laquelle les personnes LGB seraient des exceptions dans la police. La réalité est tout autre. Nous sommes partout. Dans les commissariats, dans les services d’investigation, à la Police secours, en Police judiciaire, dans les CRS, dans les services de renseignement, dans les unités spécialisées et même au sein des groupes les plus prestigieux. Notre orientation sexuelle n’est ni un critère de recrutement, ni un obstacle à une carrière.
Je me souviens d’ailleurs d’un échange qui m’avait fait sourire lorsque j’ai postulé dans un service d’investigation particulièrement recherché. Le chef de groupe m’avait lancé, avec son humour bien à lui : « Au moins, ça ne mettra pas la pagaille avec les garçons. » La remarque ferait sans doute bondir certains aujourd’hui. Pourtant, je ne l’ai jamais vécue comme une attaque. Au contraire, elle traduisait une forme de normalité. Mon orientation sexuelle n’était pas un problème, elle devenait presque un sujet de plaisanterie parmi d’autres, comme il en existe dans toutes les équipes soudées.
Cette présence des personnes LGB ne se limite pas aux effectifs. Depuis plusieurs années, la police s’est également dotée de relais destinés à mieux accompagner les victimes de discriminations, mais aussi les collègues qui pourraient rencontrer des difficultés.
L’association FLAG!, créée par des policiers, des gendarmes et d’autres agents du ministère de l’Intérieur, œuvre depuis de nombreuses années contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Elle participe à la sensibilisation des personnels, accompagne les victimes et constitue un interlocuteur identifié pour celles et ceux qui souhaitent être écoutés ou conseillés.
Dans de nombreux services, des référents sont également identifiés afin d’accueillir les victimes d’infractions à caractère homophobe ou transphobe dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs organisations syndicales disposent elles aussi de représentants vers lesquels les collègues peuvent se tourner en toute confidentialité lorsqu’ils en ressentent le besoin.
La police a également accompagné l’évolution de la société concernant les personnes transgenres. J’ai connu des collègues ayant effectué leur transition avant leur entrée dans la police, d’autres au cours de leur carrière. Derrière les débats parfois très médiatisés, la réalité quotidienne est souvent bien plus simple : un collègue reste un collègue. Lorsqu’une personne entreprend une transition, l’institution met progressivement en place les adaptations nécessaires afin qu’elle puisse poursuivre sa carrière dans les meilleures conditions possibles, avec le respect qui est dû à chacun.
Récemment, j’ai eu l’occasion d’assister à un séminaire organisé par la Gendarmerie nationale, et plus particulièrement par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine. Cette formation avait pour objectif de sensibiliser policiers et gendarmes aux différentes formes de discrimination, notamment celles liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, afin d’améliorer l’accueil des victimes, la conduite des enquêtes et d’éviter que certains comportements puissent être perçus comme discriminatoires.
Ces initiatives montrent que l’institution évolue et cherche, comme beaucoup d’autres administrations, à mieux prendre en compte les réalités auxquelles sont confrontés ses agents comme les citoyens.
L’association FLAG!, qui rassemble des policiers et gendarmes LGBT, participe à la Marche des Fiertés de Paris depuis 2002. Pourtant, ces dernières années, sa présence a fait l’objet d’appels au rejet de la part d’autres participants.
J’observe néanmoins une évolution qui m’interroge.
Lorsque j’ai commencé ma carrière, le combat des personnes homosexuelles consistait avant tout à être considérées comme des citoyens comme les autres. Nous demandions les mêmes droits, les mêmes devoirs et le même respect que tout le monde. Notre orientation sexuelle n’avait pas vocation à devenir notre identité.
Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que le débat public a changé de nature. À force de vouloir tout catégoriser, tout étiqueter et tout politiser, on remet sans cesse l’orientation sexuelle au centre de la définition des individus. Je le regrette profondément.
Je m’interroge également sur l’élargissement permanent des revendications regroupées sous le sigle LGBT, devenu au fil des années LGBT+, LGBTQIA+ et d’autres déclinaisons encore. Chacun est évidemment libre de défendre les causes qui lui tiennent à cœur. En revanche, je ne me reconnais pas dans l’idée selon laquelle toutes ces revendications formeraient un seul et même combat.
À mes yeux, le combat historique des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles était celui de l’égalité devant la loi et de l’acceptation sociale. À vouloir agréger des revendications très différentes, parfois sans rapport avec l’orientation sexuelle, j’ai le sentiment que ce message est devenu moins audible.
Je crois même que cette évolution a parfois produit l’effet inverse de celui recherché. À force de remettre sans cesse l’accent sur ce qui nous distingue, on finit par recréer des catégories que nous avions justement cherché à faire disparaître. Là où beaucoup d’entre nous aspiraient simplement à vivre normalement, sans être définis par leur orientation sexuelle, nous sommes à nouveau renvoyés à une étiquette.
Je m’interroge aussi sur les conséquences de certains discours politiques. Lorsqu’à longueur de plateaux de télévision ou de tribunes, on présente la police comme une institution de « fachos », d’homophobes ou de « tueurs », on ne stigmatise plus seulement une institution : on stigmatise aussi celles et ceux qui la composent. Et parmi eux, il y a des milliers de policiers homosexuels, bisexuels et transgenres.
À force d’opposer systématiquement la police aux minorités, on finit par faire croire qu’un policier ne pourrait pas être lui-même membre de ces minorités. Cette vision caricaturale nourrit les fractures, alimente les rancœurs et, à mes yeux, remet une cible sur le dos de personnes qui n’aspirent pourtant qu’à vivre normalement. Les policiers homosexuels ne devraient jamais avoir à choisir entre leur uniforme et leur orientation sexuelle, pas plus qu’ils ne devraient être sommés de choisir un camp politique.
Ce n’est que mon regard, forgé par vingt-trois années de police et par mon propre parcours. D’autres auront sans doute une analyse différente. Mais si je devais résumer ma pensée en une phrase, ce serait celle-ci : je n’ai jamais voulu être une policière lesbienne. J’ai simplement toujours voulu être une policière.
À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, en mai 2026, la préfecture de police de Paris arbore les couleurs arc-en-ciel.
Ma conclusion
La police n’est pas un monde à part. Elle est le reflet de la société qu’elle protège. On y trouve des femmes et des hommes remarquables, d’autres plus maladroits, parfois quelques imbéciles aussi. Comme partout.
Alors oui, j’ai croisé des policiers homophobes au cours de ma carrière. Je mentirais en prétendant le contraire. Mais en vingt-trois ans de service, ils ont toujours été une minorité. Ils n’ont jamais incarné la police à eux seuls. C’est là que revient l’image du ver dans la pomme. On aime dire que la pomme est pourrie lorsqu’on aperçoit un ver. Pourtant, le plus souvent, la pomme est saine. Réduire une institution de plus de cent cinquante mille femmes et hommes à quelques individus, c’est commettre la même erreur que celle que l’on dénonce lorsqu’on enferme une personne dans une caricature.
Mon rêve est finalement assez simple : que l’on cesse un jour de s’étonner qu’une policière puisse être lesbienne, qu’un motard puisse être gay, qu’un enquêteur soit bisexuel ou qu’un opérateur du RAID vive avec un homme. Que cela n’intéresse plus personne. Parce que cela n’aura plus aucune importance.
J’espère qu’un jour, dans la police comme dans le reste de la société, l’orientation sexuelle ne sera plus un sujet de curiosité, encore moins de débat. Qu’elle sera simplement une réalité ordinaire, pleinement intégrée, sans qu’il soit nécessaire de la mettre en avant, de la justifier ou de la commenter.
Je ne prétends pas détenir la vérité. Je raconte simplement la mienne. Celle d’une femme. Celle d’une lesbienne. Celle d’une policière qui, après vingt-trois ans de service, n’a jamais eu besoin de choisir entre son uniforme et son identité.
Et si mon témoignage peut faire tomber une caricature, susciter une réflexion ou simplement rappeler qu’avant les étiquettes, il y a des êtres humains, alors il aura rempli sa mission."
Bonbon Rose pour Focus LGB
10/03/2026
Dans ce nouveau sondage ciblant l'élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella arrive en tête avec 27% des intentions de vote, suivi de Jean-Luc Mélenchon avec 25%. Les autres candidats sont nettement distancés.
Ces résultats ont rapidement suscité des commentaires : certains y voient la preuve d’une radicalisation politique de cet électorat, d'autres s'étonnent qu'une minorité historiquement discriminée puisse se tourner vers des forces politiques souvent accusées d'hostilité à son égard.
Mais avant même d'interpréter ces chiffres, une première question mérite d'être posée : peut-on vraiment parler d'un vote "LGBT" ?
Le biais du vote "LGBT"
Depuis plusieurs années, les enquêtes d'opinion regroupent sous une même étiquette les lesbiennes, gays, bisexuels et les autres personnes se réclamant de la "communauté LGBT+". Pourtant, tout indique que ces groupes n'ont ni les mêmes profils sociologiques ni les mêmes comportements politiques.
En mélangeant ces populations très différentes, les sondages donnent donc l'impression d'un électorat homogène qui n'existe pas vraiment. Ce biais statistique brouille la lecture du vote des homosexuels et des bisexuels, qui ne se reconnaissent d'ailleurs pas toujours dans l'acronyme "LGBT".
Il faut également rappeler comment ce type d’enquête est réalisé. Le sondage publié par Têtu repose sur un questionnaire auto-administré en ligne. Les participants remplissent eux-mêmes le questionnaire sur internet, sans enquêteur. Les répondants proviennent de panels composés uniquement d’internautes et se définissent eux-mêmes selon les catégories proposées. Dans ce cas précis, 1137 personnes se déclarant "LGBT" ont été extraites d'un échantillon national de 10196 Français, soit environ 11% des répondants. Une proportion nettement supérieure aux estimations habituelles concernant les seuls homosexuels et bisexuels. Cela montre bien que la catégorie "LGBT" utilisée dans ce type d'étude regroupe des réalités très différentes et dépasse largement la seule population des LGB.
Quand on distingue les personnes homosexuelles, les résultats changent
Une autre enquête de l'Ifop, réalisée en avril 2025 pour Hexagone auprès de plus de 9000 électeurs, permet d'y voir plus clair car elle distingue les orientations sexuelles.
Chez les hommes gays, Jordan Bardella arrivait déjà largement en tête avec 30% des intentions de vote, un score très proche de celui observé chez les hommes hétérosexuels (33%). Édouard Philippe suivait avec 24%, puis Raphaël Glucksmann avec 15%.
Jean-Luc Mélenchon, lui, ne recueillait que 9% des intentions de vote chez les hommes gays.
Chez les femmes lesbiennes, le paysage politique apparaissait plus orienté à gauche : Raphaël Glucksmann arrivait en tête avec 21%, suivi de Jordan Bardella (22%) et de Jean-Luc Mélenchon (16%).
Ces résultats contrastent fortement avec ceux du sondage publié par Têtu, qui place Jean-Luc Mélenchon à 25% parmi les "LGBT". Une différence qui illustre bien les limites d'un agrégat statistique regroupant des populations aux comportements électoraux très différents.
Une polarisation qui touche toute la société
Une autre explication est plus simple : les homosexuels et les bisexuels ne vivent pas en dehors de la société française.
Comme l'ensemble des électeurs, ils ont été confrontés ces dernières années à une forte déception vis-à-vis des partis de gouvernement. Le centre et les formations traditionnelles ont perdu une grande partie de leur crédibilité aux yeux de nombreux citoyens.
Dans ce contexte, la polarisation politique s'est accentuée dans tout le pays. Une part croissante des électeurs se tourne vers des forces jugées plus radicales, dans l’espoir d'un changement réel.
Les homosexuels ne font donc pas exception : leur vote reflète aussi cette évolution générale du paysage politique.
Le RN, perçu par certains comme un rempart
Pour une partie des homosexuels, la question prioritaire aujourd'hui n'est plus seulement juridique ou symbolique. Les grands combats des décennies précédentes (dépénalisation, PACS, mariage, adoption, PMA) ont été largement remportés.
D'autres préoccupations se sont alors imposées. Beaucoup s'inquiètent notamment de la persistance, voire du retour, de formes d’homophobie dans certains milieux où l'homosexualité reste culturellement condamnée. L'immigration en provenance de pays où l'homosexualité est sévèrement réprimée, ainsi que la visibilité croissante de l'islam politique dans l’espace public, sont perçues par certains comme des facteurs de risque pour la sécurité et la liberté des homosexuels.
Qu'on partage ou non cette analyse, elle existe et structure désormais une partie du débat.
Dans le paysage politique français actuel, beaucoup estiment que ces sujets ne sont réellement portés que par le Rassemblement national. Pour ces électeurs, voter RN apparaît alors moins comme une adhésion idéologique que comme un choix pragmatique face à ce qu'ils perçoivent comme une menace ignorée par les autres partis.
Il n’est d’ailleurs pas rare que ceux qui expriment ces inquiétudes soient immédiatement disqualifiés ou caricaturés. Pourtant, pour ceux qui les formulent, ces préoccupations sont bien réelles et méritent au minimum d'être regardées en face.
La méfiance persistante envers l’extrême droite
À l'inverse, d'autres homosexuels restent profondément méfiants à l’égard de l’extrême droite.
L'histoire politique française n'est pas oubliée : pendant longtemps, ces courants ont été associés à des positions très hostiles aux revendications homosexuelles. Les mobilisations contre le mariage pour tous ont également laissé des traces dans les mémoires.
Pour ces électeurs, la priorité demeure donc de faire barrage à une force politique dont ils redoutent les intentions ou l'évolution future.
C'est ce qui explique que certains se tournent vers la gauche radicale, perçue comme la plus ferme dans la défense des minorités et dans l'opposition à l'extrême droite.
Une communauté de plus en plus fracturée
Ces logiques opposées illustrent une réalité de plus en plus visible : les homosexuels ne constituent pas un bloc politique homogène.
Certains placent aujourd'hui la question de la sécurité et de l'homophobie culturelle au premier plan. D'autres considèrent que la principale menace reste celle de l'extrême droite. D'autres encore s'inscrivent dans des cadres militants plus larges liés aux luttes intersectionnelles.
Une fois les grandes batailles juridiques remportées, les priorités politiques divergent.
La communauté que les médias continuent de désigner sous l’étiquette "LGBT" apparaît ainsi traversée par des fractures de plus en plus profondes.
Comme la société française
Au fond, ce que montrent ces enquêtes est peut-être moins surprenant qu'il n'y paraît. Les homosexuels et les bisexuels ne vivent pas dans un monde à part. Ils sont aussi traversés par les mêmes tensions, les mêmes inquiétudes et les mêmes divisions que le reste de la société.
La polarisation politique qui traverse aujourd'hui la France traverse aussi les minorités sexuelles.
Dans ce contexte, une chose au moins pourrait sembler évidente : si les fractures politiques sont inévitables, les homosexuels et les bisexuels gagneraient peut-être à ne pas oublier ce qui les rapproche.
Se serrer les coudes entre LGB ne serait déjà pas un mauvais début.
Randolph
15/12/2025
Les LGB ne forment pas un bloc politique
Premier enseignement du sondage IFOP/Têtu de 2022, et sans doute le plus solide, les LGB ne constituent pas un électorat homogène. L’étude montre que les intentions de vote des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles se répartissent sur l’ensemble de l’échiquier politique. Aucune famille politique ne dépasse à elle seule une majorité.
On observe ainsi, à grands traits :
• 27% d’intentions de vote pour la droite « radicale »,
• 23% pour le centre,
• 19% pour la gauche « modérée »,
• 16% pour la gauche « radicale »,
• et 15% pour la droite « modérée ».

GR : N. Arthaud, P. Poutou, F. Roussel, JL Mélenchon – GM : A. Hidalgo, C. Taubira, Y. Jadot – C : E. Macron – DM : V. Pécresse - DR : N. Dupont-Aignan, M. Le Pen, E. Zemmour

La conclusion est sans appel. Dire que “les homos votent à gauche” est statistiquement faux. Votent-ils pour autant spécifiquement à droite ?
Oui, il existe un vote LGB de droite, y compris à l’extrême droite
C’est le point qui surprend le plus et qui fait souvent polémique, mais il est clairement documenté.
Chez les personnes homosexuelles et bisexuelles interrogées en 2022, la droite « radicale » recueillait environ 27% des intentions de vote. Ces scores étant souvent plus élevés chez les hommes gays (31%) que chez les lesbiennes (27%), mais moins que l’ensemble des électeurs (34,5% dans ce sondage).
Les LGB qui votent à droite ne votent pas “en tant que LGB”
Ce que montrent les chiffres, c’est surtout autre chose : les LGB qui votent à droite ne votent pas prioritairement sur des enjeux liés à leur orientation sexuelle. Leurs motivations recoupent largement celles du reste de l’électorat français : le sentiment d’insécurité, les inquiétudes liées à la santé, à l’éducation, à l’immigration, au déclassement social mais aussi le rejet des élites politiques.
Autrement dit, leur orientation sexuelle ne détermine pas la hiérarchie des priorités politiques.
Le résultat de la même étude pour l'ensemble de l'électorat, pour comparaison :
Des droits largement acquis, des préoccupations déplacées
Autre évolution majeure : pour beaucoup de lesbiennes, gays et bisexuels, les droits fondamentaux sont aujourd’hui perçus comme largement acquis. Mariage, adoption, protection juridique, ces avancées ont profondément modifié le rapport à la politique. La question strictement LGB est devenue secondaire pour une partie importante de l’électorat homosexuel, au profit d’enjeux plus larges comme la sécurité, le pouvoir d’achat, la cohésion sociale ou la laïcité.
C'est aussi pour cela que le lien automatique entre homosexualité et vote de gauche, hérité des décennies passées, ne tient plus.
LGB et personnes trans : deux réalités électorales distinctes
Une confusion fréquente alimente pourtant le cliché du « vote homo de gauche » : l’assimilation des LGB au vote des personnes trans. Or, les données montrent un contraste net.
Toujours selon l’étude de 2022, lorsque l’on observe les intentions de vote selon l’identité de genre :
• les personnes trans votent massivement à gauche (46% cumulés), en particulier pour Jean-Luc Mélenchon et la gauche « radicale » (33%)
• le centre et la droite « modérée » y sont beaucoup plus faibles (20% et 7%),
• le vote de droite « radicale » y existe aussi (26%) mais reste inférieur à celui observé chez les gays (31%) et lesbiennes (27%).
Là où le vote LGB est éclaté, le vote trans est idéologiquement concentré.

Le sondage révèle également un autre écart important entre LGB et T : les personnes trans interrogées sont surreprésentées parmi les jeunes, les personnes très politisées et celles se déclarant proches d’un parti politique.
À l’inverse, chez les LGB non trans, l’absence de proximité partisane est très élevée et le rapport à la politique est souvent plus distancié, plus pragmatique.
Assimiler les LGB à ce vote trans très polarisé conduit donc à une lecture erronée de la réalité électorale.
Immigration, insécurité et vote de rupture
Un autre facteur majeur, souvent invisibilisé dans le débat public, pèse lourdement sur certains choix électoraux : l’expérience vécue. De nombreux LGB évoquent des insultes homophobes dans l’espace public, des agressions verbales ou physiques, une autocensure croissante (gestes, attitudes, vêtements), un sentiment d’insécurité dans certains quartiers ou transports.
Pour une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, la question de l’immigration n’est pas abstraite. Elle est liée, à tort ou à raison, à ce vécu quotidien de l’homophobie, parfois associé à des cultures où l’homosexualité reste fortement réprimée.
Face à ce sentiment d’insécurité, certains font le choix d’un vote de rupture, y compris vers l’extrême droite, non par rejet de leurs droits, mais par crainte de les voir reculer dans les faits.
Le sentiment d’abandon de la gauche
Beaucoup de LGB expliquent leur éloignement de la gauche par sa minimisation ou son déni de l’homophobie dans certains milieux, le renvoi systématique de toute critique vers la qualification d’« extrême-droite » ou encore l’impossibilité de nommer certains faits sans être accusé de racisme ou de stigmatisation.
Le résultat est souvent le même : sentiment d’abandon, impression que leurs préoccupations ne sont plus audibles et rupture de confiance avec la gauche institutionnelle et militante.
Il ne s’agit pas tant d’un amour de l’extrême droite que d’un désaveu de la gauche.
Le RN : un vote de rupture plus qu’un vote d’adhésion
Pour rester honnête, un point doit être clairement posé. Le Rassemblement National instrumentalise souvent ces peurs, sans offrir de garanties solides sur les droits LGB. Son discours fonctionne souvent comme un exutoire, un vote-sanction ou un vote de protection symbolique.
Beaucoup de LGB qui votent RN le font sans illusion, parfois en précisant : « Je vote contre quelque chose, pas pour un projet. »
Une recomposition encore en cours
Depuis 2022, année de l’étude de l’IFOP, la gauche « radicale » a renforcé son ancrage auprès d’un électorat très favorable à l’immigration et aux revendications identitaires, défendant notamment le port du voile, certaines lectures communautaires, la « créolisation » de la société française et se voyant souvent reprocher de fermer les yeux sur l’entrisme de l’Islam politique dans la société française.
Cette évolution crée un décalage croissant avec une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, attachés à la laïcité, préoccupés par l’homophobie culturelle et le déclassement de leurs enjeux propres.
Les élections à venir, et notamment la présidentielle de 2027, permettront de vérifier si cette recomposition se traduit durablement dans les urnes.
Conclusion
Les données disponibles sont claires : les LGB ne sont ni de gauche par nature, ni de droite par réaction. Ils votent comme le reste des Français, selon leur âge, leur milieu social, leurs expériences, leurs priorités et leur rapport au monde politique.
Persister à les enfermer dans un stéréotype idéologique, c’est refuser de voir la diversité réelle des parcours et des choix au sein de la population LGB.
Zadig
25/11/2025
Les Frères musulmans ont depuis plusieurs années une stratégie redoutablement efficace, celle de reprendre le langage "woke" pour infiltrer la gauche radicale. Ils adoptent son vocabulaire (oppression, racisme systémique, privilège blanc, colonialisme…), se présentent comme les "vraies victimes" d'un système oppressif, et parviennent ainsi à être accueillis comme des alliés naturels des mouvements sociaux.
Mais derrière cette façade, ils continuent à promouvoir une vision religieuse profondément conservatrice et hostile à l'égalité.
Et ça fonctionne : une partie de la gauche intersectionnelle a intégré l'idée qu'il ne faut surtout pas critiquer l'islamisme. Ce serait islamophobe.
Résultat : on ferme les yeux sur le sexisme, l'homophobie, l'antisémitisme, dès qu'ils viennent d'un groupe perçu comme opprimé.
Les récents exemples de Sabrina Decanton, candidate EELV à Saint-Ouen, ou même lors des conflits rencontrés au sein de la flottille en route pour Gaza, nous montrent les limites de ce phénomène pour les personnes "LGBT+". Voilà ce qui arrive quand on accepte des alliés qui rejettent nos valeurs fondamentales.
Cette alliance est donc un leurre. Non, les Frères musulmans n'adoptent pas le progressisme, ils s'en servent comme cheval de Troie pour imposer leurs normes.
Et devinez qui perd dans ce jeu ? Les femmes, les homosexuels, les laïcs, les minorités religieuses, toutes les personnes que la gauche prétend défendre.
La leçon est simple. On ne peut pas mélanger luttes égalitaires et mouvements religieux réactionnaires. À la fin, ce ne sont pas les valeurs progressistes qui gagnent. Ce sont elles qui s’effondrent.
Il est donc temps pour les personnes LGB de cesser d'être dupes de ces alliances de façade et de regarder la réalité en face. Continuer à croire que des mouvements fondamentalistes pourraient soudainement embrasser l'égalité relève de la naïveté, et cette naïveté a un coût. Si les LGB ne reprennent pas eux-mêmes en main la défense de leurs droits, d'autres le feront à leur place, et pas dans leur intérêt. Il devient urgent de sortir de la passivité, de cesser de déléguer la définition du progressisme à ceux qui ne partagent ni nos valeurs ni nos combats, et d'assumer une vigilance active. Car dans cette partie, ceux qui ne se protègent pas finissent toujours par se faire dévorer, non par surprise, mais par manque de lucidité.
Zadig
18/11/2025
[Focus LGB]
Bonjour et merci, Karlee. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter et expliquer brièvement ton parcours ?
[Karlee Monster]
Je m’appelle Karlee Monster sur les réseaux sociaux. J’ai récemment pris la parole sur la question des détransitions, parce que je suis directement concernée : je regrette ma transition ainsi que ma vaginoplastie.
Aujourd’hui, je détransitionne à ma manière, avec la conscience que certains changements sont irréversibles. Je partage mon histoire pour sensibiliser, autant les jeunes que les moins jeunes, afin d’éviter que d’autres vivent ce que j’ai vécu.
Dans tes vidéos, tu expliques avoir voulu “fuir qui tu étais vraiment”. Qu’est-ce qui t’a poussée à transitionner si jeune, à 17 ans ? L’homophobie intériorisée a-t-elle joué un rôle ?
Oui, je pense clairement que l’homophobie intériorisée a joué un rôle. J’ai grandi dans une famille homophobe et j’avais honte d’être un jeune homosexuel. Même marcher dans la rue en tenant la main de mon copain me mettait mal à l’aise. Ce n’est pas la seule cause, mais ça a beaucoup pesé.
Ce qui m’a poussée à transitionner, concrètement, c’est aussi la découverte sur YouTube et les réseaux sociaux de personnes expliquant qu’on pouvait changer de genre facilement. Leur discours m’a séduite, et je me suis lancée dedans sans vraiment réfléchir.
Mon objectif, à l’époque, c’était de “rentrer dans la normalité”. J’étais un jeune homosexuel dont on voyait l’orientation dans l’apparence et les manières, et je voulais absolument avoir un passing féminin irréprochable pour échapper aux moqueries, au rejet, au regard des autres.
À l’époque, comment les professionnels t’ont-ils accompagnée ? As-tu eu le sentiment d’être réellement entendue, ou plutôt que ton désir de transition a été validé trop facilement ?
J’ai été suivie pendant deux ans par un psychologue, parce que c’était obligatoire à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et je trouve ça très problématique.
Mais je suis tombée sur un psychologue qui ne connaissait absolument rien au sujet des transitions. Avec le recul, j’ai vraiment l’impression qu’il était surtout heureux de me voir chaque semaine pour arrondir ses fins de mois.
Il n’avait pas les compétences nécessaires pour accompagner quelqu’un dans un processus aussi lourd. Mon désir de transition a été validé très facilement : il m’a posé quelques questions rapides et s’est contenté de mes réponses pour donner son accord.
Il n’a jamais vraiment cherché à creuser mon histoire, mes difficultés, mes traumas, ni ce qui pouvait réellement expliquer mon mal-être.
Avec le recul, qu’est-ce qu’on t’a mal expliqué, ou pas expliqué du tout, avant ta transition et tes opérations ?
Avec le recul, je pense clairement qu’on n’a pas été honnête avec moi. J’ai été naïf, j’ai accordé ma confiance trop facilement et j’ai aussi beaucoup écouté la propagande transactiviste qui promettait des choses irréalistes.
On me présentait des influenceuses trans qui se disaient des femmes accomplies uniquement grâce à la transition. Mais ce n’est pas vrai, ce ne sont pas des femmes, ce sont des “femmes trans”. Et ce mot-là, “trans”, il change absolument tout. C’est un détail qui paraît insignifiant, mais qui porte en réalité un sens énorme, surtout pour les jeunes qui les écoutent et qui se laissent influencer.
On aurait dû m’expliquer clairement que la transition ne rend pas femme. On aurait dû me présenter la réalité, avec ses limites, ses conséquences, ses complications. Ce n’est pas ce qu’on m’a vendu.
Comment s’est passée la prise de conscience de ton regret ? Et comment ton entourage médical a-t-il réagi ?
Je me suis sentie extrêmement seule. Quand j’ai parlé au chirurgien de mes regrets, il m’a simplement répondu qu’il pouvait me refaire une autre vaginoplastie “pour améliorer le résultat”. Et il m’a conseillé de revoir un psychologue.
J’ai été suivie pendant sept ou huit ans par différents psychologues, et plusieurs m’ont dit, mot pour mot, qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Deux d’entre eux m’ont expliqué qu’ils n’étaient pas formés, qu’ils n’avaient pas les connaissances et que leurs collègues ne les auraient pas non plus.
On m’a dit clairement : “Vous regrettez votre vaginoplastie, mais on ne peut rien y faire.” Je me suis retrouvée face à un vide thérapeutique total.
Beaucoup affirment que les détransitions sont “extrêmement rares”. Que réponds-tu à cet argument ?
C’est un discours qui m’agace profondément. J’entends souvent que les détransitionneurs représenteraient quelque chose comme “moins d’1%” mais je n’y crois pas une seconde.
Le taux de suicide augmente alors même que l’accès à la transition n’a jamais été aussi facile. Logiquement, si la transition était la solution, les suicides devraient diminuer, pas l’inverse.
Et il faut rappeler que personne ne demande aux suicidés s’ils regrettent leur transition. Personne ne m’a jamais demandé, lors de mes propres tentatives de suicide, si cela avait un rapport avec ma transition ou ma vaginoplastie…
Personne ne m’a jamais interrogée pour une étude, un sondage, rien. Donc comment peut-on affirmer que les détransitions sont “rares”, alors que personne ne se donne réellement les moyens de comptabiliser les regrets ?
Pour moi, ce fameux pourcentage est complètement faux, inventé, et je le rejette totalement.
Quel message aimerais-tu adresser aujourd’hui aux jeunes qui envisagent une transition ?
Je voudrais d’abord leur envoyer tout mon soutien. Et surtout leur dire : prenez votre temps. Une transition, ce n’est pas ce qu’on voit sur les réseaux sociaux. C’est bien plus complexe, et souvent bien plus difficile à vivre. Les conséquences physiques, mentales, sociales sont nombreuses et parfois irréversibles.
Je conseille vraiment de ne pas commencer avant 18 ans. Et même, idéalement, d’attendre 25 ans. La puberté est un processus essentiel pour le métabolisme, la santé mentale, le développement du corps, c’est la base du corps humain. La perturber trop tôt, ou la bloquer, peut avoir des conséquences graves dont on ne parle pas assez.
Entourez-vous bien aussi : famille, amis, professionnels. Parlez, échangez, consultez des psychologues ou psychiatres, même si eux-mêmes ne sont pas toujours formés, parce qu’on manque encore beaucoup de recul sur ces sujets. Mais c’est toujours ça de pris.
Et surtout, ne restez pas enfermés entre personnes trans ou dans des cercles militants LGBTQ+. Quand on ne fréquente que des gens qui pensent comme nous, on s’influence, on se conforte, on se pousse parfois dans une direction sans recul. C’est très toxique. Sortez de cette bulle !
Sur tes comptes TikTok et Instagram (@karlee.monster), tu partages ton témoignage. Quel est ton objectif à travers ces vidéos ?
Mon objectif, c’est que ce que j’ai vécu puisse servir à quelque chose. Il y a un an, j’ai failli mourir : 15 jours de coma, et les médecins avaient annoncé à mes proches que je ne survivrais probablement pas, ou que je reviendrais “en légume”.
J’ai compris que j’aurais pu disparaître dans le silence, sans que mon histoire, mes regrets, mes souffrances soient jamais prises en compte dans les statistiques ou dans le débat public. Et je refuse ça. Je ne veux pas que mon vécu soit effacé.
Alors je me dis que si j’ai survécu, ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui, ce que je peux faire de plus utile, c’est de la prévention. C’est pour ça que j’ai créé mes comptes : pour alerter, sensibiliser, témoigner.
À long terme, j’aimerais que mes comptes prennent de l’ampleur, pouvoir intervenir dans des médias, sur des plateaux, à la radio… Pas pour interdire la transition, mais pour qu’elle soit beaucoup mieux encadrée.
Et si, pour ça, je dois devenir une “influenceuse”, même si ce n’était pas mon intention, alors très bien. Parce que face aux influenceuses trans suivies par des millions d’abonnés, il faut aussi qu’une voix comme la mienne puisse exister.
Comment imagines-tu ton avenir, tant personnellement que dans ton rôle éventuel de porte-parole ?
Honnêtement, avec ma dépression chronique diagnostiquée, j’ai du mal à imaginer l’avenir de façon positive. Mais je me souhaite du courage pour affronter tout ce qu’il me reste à traverser, et surtout de la tolérance envers moi-même, ce qui n’est pas simple tous les jours.
Quant à mon rôle de témoin : si je dois devenir la porte-parole des personnes qui regrettent leur transition, je le ferai volontiers. Je n’ai rien à perdre et tout à gagner.
Le jour de ma mort, si j’apprends que mon témoignage a sauvé ne serait-ce qu’une seule personne, ou évité un seul regret, alors j’aurai tout gagné. C’est ça, mon objectif ultime : aider, prévenir, protéger.
J’aimerais aussi aller plus loin : participer à des reportages, écrire un livre, pourquoi pas même inspirer un film basé sur l’histoire d’une personne qui détransitionne. Ce serait un moyen puissant de toucher un large public.
Est-ce que tu aimerais ajouter quelque chose ?
Oui, j’aimerais vraiment que davantage de personnes me soutiennent sur les réseaux. Parce qu’aujourd’hui, sans abonnés, sans likes, sans partages, notre voix ne porte pas. Les grands médias ne vous invitent pas si vous n’avez pas une certaine visibilité.
Et si on veut vraiment faire bouger les choses, j’ai besoin de ce soutien.
Merci encore de m’avoir donné la parole. J’espère que mon témoignage aidera et qu’il servira à beaucoup d’autres personnes. Merci du fond du cœur.
Nous remercions chaleureusement Karlee Monster pour sa confiance et pour la force de son témoignage. Son parcours, difficile et courageux, apporte une parole indispensable dans un débat où trop de voix restent invisibles.
Si vous souhaitez la soutenir ou en savoir plus, retrouvez-la sur TikTok et Instagram : @karlee.monster.
Chaque abonnement, chaque partage, lui permet de faire entendre cette réalité et d’aider d’autres personnes à ne pas rester seules.
Propos recueillis par Zadig pour Focus LGB.
11/11/2025
Une étude nord-américaine récente, la plus importante du genre depuis des décennies, a interrogé près de 1000 personnes ayant interrompu ou inversé leur transition. La majorité étaient nées femmes et avaient entamé un parcours médical dès l’adolescence : hormonothérapie, chirurgie thoracique, changement d’état civil… avant de réaliser que ces transformations ne répondaient pas à leur mal-être.
Mais les femmes ne sont pas les seules concernées. Des hommes également détransitionnent, parfois après des années de traitements hormonaux ou de chirurgie. C’est le cas par exemple de Karlee Monster, une créatrice de contenu française, née homme, qui a vécu une dizaine d’années en tant que femme trans avant de regretter sa transition et sa vaginoplastie. Selon elle, et la concernant, un retour en arrière n’est pas envisageable.
Dans ses vidéos, elle décrit une profonde désillusion : « À 17 ans, naïf, j’ai sincèrement pensé pouvoir devenir une femme. Mais je me suis rendu compte trop tard qu’on ne peut pas devenir un homme ou une femme. On peut juste devenir quelque chose entre les deux : un homme trans ou une femme trans », confie-t-elle. Comme beaucoup, même si elle a scrupuleusement respecté la procédure prévue, elle estime avoir été orientée trop vite vers la transition, dans un contexte médical peu enclin à explorer d’autres causes à son mal-être.
Pourquoi revenir en arrière ? Les raisons évoquées sont multiples. Pour beaucoup, le soulagement espéré n’est pas venu, le mal-être a persisté et était souvent enraciné ailleurs : sexisme, homophobie intériorisée, traumatismes, autisme… Beaucoup décrivent un accompagnement psychologique superficiel et un manque d’information avant les décisions irréversibles.
Mais après la détransition, une autre épreuve commence : l’isolement. Ces personnes se sentent rejetées par les communautés trans et LGBT+, accusées de trahir la cause. Plusieurs parlent même de "détransphobie" : impossibilité de raconter son parcours sans être insulté ou réduit au silence. « J’ai perdu tous mes amis et tout mon réseau quand j’ai détransitionné », confie une personne au National Post. « Je me sens totalement isolée du reste de la communauté "queer". »
Sur le plan médical, c’est un désert. Seules 29% des personnes interrogées ont trouvé un soignant compétent pour les accompagner, 16% ont eu accès à un soutien psychologique adapté, et à peine 11% ont reçu des informations fiables sur les effets de l’arrêt des hormones. Certaines se battent pour trouver un chirurgien prêt à pratiquer une reconstruction mammaire, par exemple, ou un traitement pour les effets secondaires d’une hormonothérapie interrompue. Beaucoup décrivent un sentiment d’abandon par les mêmes médecins qui les avaient suivies dans leur transition.
Ces parcours rappellent la nécessité d’un véritable discernement avant toute transition médicale, surtout chez les jeunes. La transition ne doit pas être présentée comme une solution universelle. Chez certains, c’est justement leur détransition, souvent douloureuse, qui leur a enfin permis de comprendre l’origine de leur mal-être et de se réconcilier avec leur orientation sexuelle ou leur corps.
Sur les réseaux sociaux, la trend "Trans vs Detrans" illustre cette parole libérée : des visages, des témoignages, des sourires, parfois après des années de souffrance. Derrière ces récits, une même demande, celle d’être écoutés sans jugement ni récupération politique.
Ces personnes ne veulent pas prouver que « la transition est mauvaise ». Elles veulent simplement que leur expérience ait, elle aussi, sa place.
Isaac
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