Les LGB français sont-ils de gauche ou de droite ?

15/12/2025

Les LGB français sont-ils de gauche ou de droite ?

Sur les réseaux sociaux, deux idées reçues reviennent avec insistance : « Les LGBT sont des gauchistes » et « Les LGB sont d’extrême-droite ». Ces affirmations assénées comme des évidences reposent davantage sur des représentations militantes que sur des réalités électorales. Les dernières données disponibles, notamment un sondage de 2022, permettent de dresser un tableau plus nuancé et surtout plus fidèle à la diversité des lesbiennes, gays et bisexuels. En tant que collectif indépendant, transpartisan et sans affiliation partisane, Focus LGB aborde librement la question du vote LGB sans posture partisane, à partir des faits et des données disponibles.

Les LGB ne forment pas un bloc politique


Premier enseignement du sondage IFOP/Têtu de 2022, et sans doute le plus solide, les LGB ne constituent pas un électorat homogène. L’étude montre que les intentions de vote des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles se répartissent sur l’ensemble de l’échiquier politique. Aucune famille politique ne dépasse à elle seule une majorité.


On observe ainsi, à grands traits :
•    27% d’intentions de vote pour la droite « radicale »,
•    23% pour le centre,
•    19% pour la gauche « modérée »,
•    16% pour la gauche « radicale »,
•    et 15% pour la droite « modérée ».

 

 

GR : N. Arthaud, P. Poutou, F. Roussel, JL Mélenchon – GM : A. Hidalgo, C. Taubira, Y. Jadot – C : E. Macron – DM : V. Pécresse - DR : N. Dupont-Aignan, M. Le Pen, E. Zemmour


La conclusion est sans appel. Dire que “les homos votent à gauche” est statistiquement faux. Votent-ils pour autant spécifiquement à droite ?


Oui, il existe un vote LGB de droite, y compris à l’extrême droite


C’est le point qui surprend le plus et qui fait souvent polémique, mais il est clairement documenté.
Chez les personnes homosexuelles et bisexuelles interrogées en 2022, la droite « radicale » recueillait environ 27% des intentions de vote. Ces scores étant souvent plus élevés chez les hommes gays (31%) que chez les lesbiennes (27%), mais moins que l’ensemble des électeurs (34,5% dans ce sondage).


Les LGB qui votent à droite ne votent pas “en tant que LGB”


Ce que montrent les chiffres, c’est surtout autre chose : les LGB qui votent à droite ne votent pas prioritairement sur des enjeux liés à leur orientation sexuelle. Leurs motivations recoupent largement celles du reste de l’électorat français : le sentiment d’insécurité, les inquiétudes liées à la santé, à l’éducation, à l’immigration, au déclassement social mais aussi le rejet des élites politiques.


Autrement dit, leur orientation sexuelle ne détermine pas la hiérarchie des priorités politiques.

 

Le résultat de la même étude pour l'ensemble de l'électorat, pour comparaison :

Des droits largement acquis, des préoccupations déplacées


Autre évolution majeure : pour beaucoup de lesbiennes, gays et bisexuels, les droits fondamentaux sont aujourd’hui perçus comme largement acquis. Mariage, adoption, protection juridique, ces avancées ont profondément modifié le rapport à la politique. La question strictement LGB est devenue secondaire pour une partie importante de l’électorat homosexuel, au profit d’enjeux plus larges comme la sécurité, le pouvoir d’achat, la cohésion sociale ou la laïcité.


C'est aussi pour cela que le lien automatique entre homosexualité et vote de gauche, hérité des décennies passées, ne tient plus.


LGB et personnes trans : deux réalités électorales distinctes


Une confusion fréquente alimente pourtant le cliché du « vote homo de gauche » : l’assimilation des LGB au vote des personnes trans. Or, les données montrent un contraste net.


Toujours selon l’étude de 2022, lorsque l’on observe les intentions de vote selon l’identité de genre :
•    les personnes trans votent massivement à gauche (46% cumulés), en particulier pour Jean-Luc Mélenchon et la gauche « radicale » (33%)
•    le centre et la droite « modérée » y sont beaucoup plus faibles (20% et 7%),
•    le vote de droite « radicale » y existe aussi (26%) mais reste inférieur à celui observé chez les gays (31%) et lesbiennes (27%).


Là où le vote LGB est éclaté, le vote trans est idéologiquement concentré.

 

Le sondage révèle également un autre écart important entre LGB et T : les personnes trans interrogées sont surreprésentées parmi les jeunes, les personnes très politisées et celles se déclarant proches d’un parti politique.


À l’inverse, chez les LGB non trans, l’absence de proximité partisane est très élevée et le rapport à la politique est souvent plus distancié, plus pragmatique.


Assimiler les LGB à ce vote trans très polarisé conduit donc à une lecture erronée de la réalité électorale.


Immigration, insécurité et vote de rupture


Un autre facteur majeur, souvent invisibilisé dans le débat public, pèse lourdement sur certains choix électoraux : l’expérience vécue. De nombreux LGB évoquent des insultes homophobes dans l’espace public, des agressions verbales ou physiques, une autocensure croissante (gestes, attitudes, vêtements), un sentiment d’insécurité dans certains quartiers ou transports.


Pour une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, la question de l’immigration n’est pas abstraite. Elle est liée, à tort ou à raison, à ce vécu quotidien de l’homophobie, parfois associé à des cultures où l’homosexualité reste fortement réprimée.


Face à ce sentiment d’insécurité, certains font le choix d’un vote de rupture, y compris vers l’extrême droite, non par rejet de leurs droits, mais par crainte de les voir reculer dans les faits.


Le sentiment d’abandon de la gauche


Beaucoup de LGB expliquent leur éloignement de la gauche par sa minimisation ou son déni de l’homophobie dans certains milieux, le renvoi systématique de toute critique vers la qualification d’« extrême-droite » ou encore l’impossibilité de nommer certains faits sans être accusé de racisme ou de stigmatisation.


Le résultat est souvent le même : sentiment d’abandon, impression que leurs préoccupations ne sont plus audibles et rupture de confiance avec la gauche institutionnelle et militante.


Il ne s’agit pas tant d’un amour de l’extrême droite que d’un désaveu de la gauche.


Le RN : un vote de rupture plus qu’un vote d’adhésion


Pour rester honnête, un point doit être clairement posé. Le Rassemblement National instrumentalise souvent ces peurs, sans offrir de garanties solides sur les droits LGB. Son discours fonctionne souvent comme un exutoire, un vote-sanction ou un vote de protection symbolique.


Beaucoup de LGB qui votent RN le font sans illusion, parfois en précisant : « Je vote contre quelque chose, pas pour un projet. »


Une recomposition encore en cours


Depuis 2022, année de l’étude de l’IFOP, la gauche « radicale » a renforcé son ancrage auprès d’un électorat très favorable à l’immigration et aux revendications identitaires, défendant notamment le port du voile, certaines lectures communautaires, la « créolisation » de la société française et se voyant souvent reprocher de fermer les yeux sur l’entrisme de l’Islam politique dans la société française.


Cette évolution crée un décalage croissant avec une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, attachés à la laïcité, préoccupés par l’homophobie culturelle et le déclassement de leurs enjeux propres.


Les élections à venir, et notamment la présidentielle de 2027, permettront de vérifier si cette recomposition se traduit durablement dans les urnes.


Conclusion


Les données disponibles sont claires : les LGB ne sont ni de gauche par nature, ni de droite par réaction. Ils votent comme le reste des Français, selon leur âge, leur milieu social, leurs expériences, leurs priorités et leur rapport au monde politique.
Persister à les enfermer dans un stéréotype idéologique, c’est refuser de voir la diversité réelle des parcours et des choix au sein de la population LGB.

 

Zadig

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