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RN ou LFI : pourquoi le vote homo se polarise ?

11/03/2026

RN ou LFI : pourquoi le vote homo se polarise ?

Dans ce nouveau sondage ciblant l'élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella arrive en tête avec 27% des intentions de vote, suivi de Jean-Luc Mélenchon avec 25%. Les autres candidats sont nettement distancés.


Ces résultats ont rapidement suscité des commentaires : certains y voient la preuve d’une radicalisation politique de cet électorat, d'autres s'étonnent qu'une minorité historiquement discriminée puisse se tourner vers des forces politiques souvent accusées d'hostilité à son égard.
Mais avant même d'interpréter ces chiffres, une première question mérite d'être posée : peut-on vraiment parler d'un vote "LGBT" ?


Le biais du vote "LGBT"


Depuis plusieurs années, les enquêtes d'opinion regroupent sous une même étiquette les lesbiennes, gays, bisexuels et les autres personnes se réclamant de la "communauté LGBT+". Pourtant, tout indique que ces groupes n'ont ni les mêmes profils sociologiques ni les mêmes comportements politiques.

 

En mélangeant ces populations très différentes, les sondages donnent donc l'impression d'un électorat homogène qui n'existe pas vraiment. Ce biais statistique brouille la lecture du vote des homosexuels et des bisexuels, qui ne se reconnaissent d'ailleurs pas toujours dans l'acronyme "LGBT".


Il faut également rappeler comment ce type d’enquête est réalisé. Le sondage publié par Têtu repose sur un questionnaire auto-administré en ligne. Les participants remplissent eux-mêmes le questionnaire sur internet, sans enquêteur. Les répondants proviennent de panels composés uniquement d’internautes et se définissent eux-mêmes selon les catégories proposées. Dans ce cas précis, 1137 personnes se déclarant "LGBT" ont été extraites d'un échantillon national de 10196 Français, soit environ 11% des répondants. Une proportion nettement supérieure aux estimations habituelles concernant les seuls homosexuels et bisexuels. Cela montre bien que la catégorie "LGBT" utilisée dans ce type d'étude regroupe des réalités très différentes et dépasse largement la seule population des LGB.


Quand on distingue les personnes homosexuelles, les résultats changent


Une autre enquête de l'Ifop, réalisée en avril 2025 pour Hexagone auprès de plus de 9000 électeurs, permet d'y voir plus clair car elle distingue les orientations sexuelles.


Chez les hommes gays, Jordan Bardella arrivait déjà largement en tête avec 30% des intentions de vote, un score très proche de celui observé chez les hommes hétérosexuels (33%). Édouard Philippe suivait avec 24%, puis Raphaël Glucksmann avec 15%.
Jean-Luc Mélenchon, lui, ne recueillait que 9% des intentions de vote chez les hommes gays.
Chez les femmes lesbiennes, le paysage politique apparaissait plus orienté à gauche : Raphaël Glucksmann arrivait en tête avec 21%, suivi de Jordan Bardella (22%) et de Jean-Luc Mélenchon (16%).


Ces résultats contrastent fortement avec ceux du sondage publié par Têtu, qui place Jean-Luc Mélenchon à 25% parmi les "LGBT". Une différence qui illustre bien les limites d'un agrégat statistique regroupant des populations aux comportements électoraux très différents.


Une polarisation qui touche toute la société


Une autre explication est plus simple : les homosexuels et les bisexuels ne vivent pas en dehors de la société française.
Comme l'ensemble des électeurs, ils ont été confrontés ces dernières années à une forte déception vis-à-vis des partis de gouvernement. Le centre et les formations traditionnelles ont perdu une grande partie de leur crédibilité aux yeux de nombreux citoyens.


Dans ce contexte, la polarisation politique s'est accentuée dans tout le pays. Une part croissante des électeurs se tourne vers des forces jugées plus radicales, dans l’espoir d'un changement réel.


Les homosexuels ne font donc pas exception : leur vote reflète aussi cette évolution générale du paysage politique.


Le RN, perçu par certains comme un rempart


Pour une partie des homosexuels, la question prioritaire aujourd'hui n'est plus seulement juridique ou symbolique. Les grands combats des décennies précédentes (dépénalisation, PACS, mariage, adoption, PMA) ont été largement remportés.


D'autres préoccupations se sont alors imposées. Beaucoup s'inquiètent notamment de la persistance, voire du retour, de formes d’homophobie dans certains milieux où l'homosexualité reste culturellement condamnée. L'immigration en provenance de pays où l'homosexualité est sévèrement réprimée, ainsi que la visibilité croissante de l'islam politique dans l’espace public, sont perçues par certains comme des facteurs de risque pour la sécurité et la liberté des homosexuels.


Qu'on partage ou non cette analyse, elle existe et structure désormais une partie du débat.


Dans le paysage politique français actuel, beaucoup estiment que ces sujets ne sont réellement portés que par le Rassemblement national. Pour ces électeurs, voter RN apparaît alors moins comme une adhésion idéologique que comme un choix pragmatique face à ce qu'ils perçoivent comme une menace ignorée par les autres partis.

 

Il n’est d’ailleurs pas rare que ceux qui expriment ces inquiétudes soient immédiatement disqualifiés ou caricaturés. Pourtant, pour ceux qui les formulent, ces préoccupations sont bien réelles et méritent au minimum d'être regardées en face.


La méfiance persistante envers l’extrême droite


À l'inverse, d'autres homosexuels restent profondément méfiants à l’égard de l’extrême droite.

L'histoire politique française n'est pas oubliée : pendant longtemps, ces courants ont été associés à des positions très hostiles aux revendications homosexuelles. Les mobilisations contre le mariage pour tous ont également laissé des traces dans les mémoires.
Pour ces électeurs, la priorité demeure donc de faire barrage à une force politique dont ils redoutent les intentions ou l'évolution future.


C'est ce qui explique que certains se tournent vers la gauche radicale, perçue comme la plus ferme dans la défense des minorités et dans l'opposition à l'extrême droite.


Une communauté de plus en plus fracturée


Ces logiques opposées illustrent une réalité de plus en plus visible : les homosexuels ne constituent pas un bloc politique homogène.
Certains placent aujourd'hui la question de la sécurité et de l'homophobie culturelle au premier plan. D'autres considèrent que la principale menace reste celle de l'extrême droite. D'autres encore s'inscrivent dans des cadres militants plus larges liés aux luttes intersectionnelles.
Une fois les grandes batailles juridiques remportées, les priorités politiques divergent.


La communauté que les médias continuent de désigner sous l’étiquette "LGBT" apparaît ainsi traversée par des fractures de plus en plus profondes.


Comme la société française


Au fond, ce que montrent ces enquêtes est peut-être moins surprenant qu'il n'y paraît. Les homosexuels et les bisexuels ne vivent pas dans un monde à part. Ils sont aussi traversés par les mêmes tensions, les mêmes inquiétudes et les mêmes divisions que le reste de la société.


La polarisation politique qui traverse aujourd'hui la France traverse aussi les minorités sexuelles.


Dans ce contexte, une chose au moins pourrait sembler évidente : si les fractures politiques sont inévitables, les homosexuels et les bisexuels gagneraient peut-être à ne pas oublier ce qui les rapproche.


Se serrer les coudes entre LGB ne serait déjà pas un mauvais début.

 

Randolph

Les LGB français sont-ils de gauche ou de droite ?

16/12/2025

Les LGB français sont-ils de gauche ou de droite ?

Les LGB ne forment pas un bloc politique


Premier enseignement du sondage IFOP/Têtu de 2022, et sans doute le plus solide, les LGB ne constituent pas un électorat homogène. L’étude montre que les intentions de vote des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles se répartissent sur l’ensemble de l’échiquier politique. Aucune famille politique ne dépasse à elle seule une majorité.


On observe ainsi, à grands traits :
•    27% d’intentions de vote pour la droite « radicale »,
•    23% pour le centre,
•    19% pour la gauche « modérée »,
•    16% pour la gauche « radicale »,
•    et 15% pour la droite « modérée ».

 

 

GR : N. Arthaud, P. Poutou, F. Roussel, JL Mélenchon – GM : A. Hidalgo, C. Taubira, Y. Jadot – C : E. Macron – DM : V. Pécresse - DR : N. Dupont-Aignan, M. Le Pen, E. Zemmour


La conclusion est sans appel. Dire que “les homos votent à gauche” est statistiquement faux. Votent-ils pour autant spécifiquement à droite ?


Oui, il existe un vote LGB de droite, y compris à l’extrême droite


C’est le point qui surprend le plus et qui fait souvent polémique, mais il est clairement documenté.
Chez les personnes homosexuelles et bisexuelles interrogées en 2022, la droite « radicale » recueillait environ 27% des intentions de vote. Ces scores étant souvent plus élevés chez les hommes gays (31%) que chez les lesbiennes (27%), mais moins que l’ensemble des électeurs (34,5% dans ce sondage).


Les LGB qui votent à droite ne votent pas “en tant que LGB”


Ce que montrent les chiffres, c’est surtout autre chose : les LGB qui votent à droite ne votent pas prioritairement sur des enjeux liés à leur orientation sexuelle. Leurs motivations recoupent largement celles du reste de l’électorat français : le sentiment d’insécurité, les inquiétudes liées à la santé, à l’éducation, à l’immigration, au déclassement social mais aussi le rejet des élites politiques.


Autrement dit, leur orientation sexuelle ne détermine pas la hiérarchie des priorités politiques.

 

Le résultat de la même étude pour l'ensemble de l'électorat, pour comparaison :

Des droits largement acquis, des préoccupations déplacées


Autre évolution majeure : pour beaucoup de lesbiennes, gays et bisexuels, les droits fondamentaux sont aujourd’hui perçus comme largement acquis. Mariage, adoption, protection juridique, ces avancées ont profondément modifié le rapport à la politique. La question strictement LGB est devenue secondaire pour une partie importante de l’électorat homosexuel, au profit d’enjeux plus larges comme la sécurité, le pouvoir d’achat, la cohésion sociale ou la laïcité.


C'est aussi pour cela que le lien automatique entre homosexualité et vote de gauche, hérité des décennies passées, ne tient plus.


LGB et personnes trans : deux réalités électorales distinctes


Une confusion fréquente alimente pourtant le cliché du « vote homo de gauche » : l’assimilation des LGB au vote des personnes trans. Or, les données montrent un contraste net.


Toujours selon l’étude de 2022, lorsque l’on observe les intentions de vote selon l’identité de genre :
•    les personnes trans votent massivement à gauche (46% cumulés), en particulier pour Jean-Luc Mélenchon et la gauche « radicale » (33%)
•    le centre et la droite « modérée » y sont beaucoup plus faibles (20% et 7%),
•    le vote de droite « radicale » y existe aussi (26%) mais reste inférieur à celui observé chez les gays (31%) et lesbiennes (27%).


Là où le vote LGB est éclaté, le vote trans est idéologiquement concentré.

 

Le sondage révèle également un autre écart important entre LGB et T : les personnes trans interrogées sont surreprésentées parmi les jeunes, les personnes très politisées et celles se déclarant proches d’un parti politique.


À l’inverse, chez les LGB non trans, l’absence de proximité partisane est très élevée et le rapport à la politique est souvent plus distancié, plus pragmatique.


Assimiler les LGB à ce vote trans très polarisé conduit donc à une lecture erronée de la réalité électorale.


Immigration, insécurité et vote de rupture


Un autre facteur majeur, souvent invisibilisé dans le débat public, pèse lourdement sur certains choix électoraux : l’expérience vécue. De nombreux LGB évoquent des insultes homophobes dans l’espace public, des agressions verbales ou physiques, une autocensure croissante (gestes, attitudes, vêtements), un sentiment d’insécurité dans certains quartiers ou transports.


Pour une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, la question de l’immigration n’est pas abstraite. Elle est liée, à tort ou à raison, à ce vécu quotidien de l’homophobie, parfois associé à des cultures où l’homosexualité reste fortement réprimée.


Face à ce sentiment d’insécurité, certains font le choix d’un vote de rupture, y compris vers l’extrême droite, non par rejet de leurs droits, mais par crainte de les voir reculer dans les faits.


Le sentiment d’abandon de la gauche


Beaucoup de LGB expliquent leur éloignement de la gauche par sa minimisation ou son déni de l’homophobie dans certains milieux, le renvoi systématique de toute critique vers la qualification d’« extrême-droite » ou encore l’impossibilité de nommer certains faits sans être accusé de racisme ou de stigmatisation.


Le résultat est souvent le même : sentiment d’abandon, impression que leurs préoccupations ne sont plus audibles et rupture de confiance avec la gauche institutionnelle et militante.


Il ne s’agit pas tant d’un amour de l’extrême droite que d’un désaveu de la gauche.


Le RN : un vote de rupture plus qu’un vote d’adhésion


Pour rester honnête, un point doit être clairement posé. Le Rassemblement National instrumentalise souvent ces peurs, sans offrir de garanties solides sur les droits LGB. Son discours fonctionne souvent comme un exutoire, un vote-sanction ou un vote de protection symbolique.


Beaucoup de LGB qui votent RN le font sans illusion, parfois en précisant : « Je vote contre quelque chose, pas pour un projet. »


Une recomposition encore en cours


Depuis 2022, année de l’étude de l’IFOP, la gauche « radicale » a renforcé son ancrage auprès d’un électorat très favorable à l’immigration et aux revendications identitaires, défendant notamment le port du voile, certaines lectures communautaires, la « créolisation » de la société française et se voyant souvent reprocher de fermer les yeux sur l’entrisme de l’Islam politique dans la société française.


Cette évolution crée un décalage croissant avec une partie des lesbiennes, gays et bisexuels, attachés à la laïcité, préoccupés par l’homophobie culturelle et le déclassement de leurs enjeux propres.


Les élections à venir, et notamment la présidentielle de 2027, permettront de vérifier si cette recomposition se traduit durablement dans les urnes.


Conclusion


Les données disponibles sont claires : les LGB ne sont ni de gauche par nature, ni de droite par réaction. Ils votent comme le reste des Français, selon leur âge, leur milieu social, leurs expériences, leurs priorités et leur rapport au monde politique.
Persister à les enfermer dans un stéréotype idéologique, c’est refuser de voir la diversité réelle des parcours et des choix au sein de la population LGB.

 

Zadig

Comment les Frères musulmans manipulent les milieux progressistes

26/11/2025

Comment les Frères musulmans manipulent les milieux progressistes

Les Frères musulmans ont depuis plusieurs années une stratégie redoutablement efficace, celle de reprendre le langage "woke" pour infiltrer la gauche radicale. Ils adoptent son vocabulaire (oppression, racisme systémique, privilège blanc, colonialisme…), se présentent comme les "vraies victimes" d'un système oppressif, et parviennent ainsi à être accueillis comme des alliés naturels des mouvements sociaux.

 

Mais derrière cette façade, ils continuent à promouvoir une vision religieuse profondément conservatrice et hostile à l'égalité.

 

Et ça fonctionne : une partie de la gauche intersectionnelle a intégré l'idée qu'il ne faut surtout pas critiquer l'islamisme. Ce serait islamophobe.

 

Résultat : on ferme les yeux sur le sexisme, l'homophobie, l'antisémitisme, dès qu'ils viennent d'un groupe perçu comme opprimé.

 

Les récents exemples de Sabrina Decanton, candidate EELV à Saint-Ouen, ou même lors des conflits rencontrés au sein de la flottille en route pour Gaza, nous montrent les limites de ce phénomène pour les personnes "LGBT+". Voilà ce qui arrive quand on accepte des alliés qui rejettent nos valeurs fondamentales.

 

Cette alliance est donc un leurre. Non, les Frères musulmans n'adoptent pas le progressisme, ils s'en servent comme cheval de Troie pour imposer leurs normes.

 

Et devinez qui perd dans ce jeu ? Les femmes, les homosexuels, les laïcs, les minorités religieuses, toutes les personnes que la gauche prétend défendre.

 

La leçon est simple. On ne peut pas mélanger luttes égalitaires et mouvements religieux réactionnaires. À la fin, ce ne sont pas les valeurs progressistes qui gagnent. Ce sont elles qui s’effondrent.

 

Il est donc temps pour les personnes LGB de cesser d'être dupes de ces alliances de façade et de regarder la réalité en face. Continuer à croire que des mouvements fondamentalistes pourraient soudainement embrasser l'égalité relève de la naïveté, et cette naïveté a un coût. Si les LGB ne reprennent pas eux-mêmes en main la défense de leurs droits, d'autres le feront à leur place, et pas dans leur intérêt. Il devient urgent de sortir de la passivité, de cesser de déléguer la définition du progressisme à ceux qui ne partagent ni nos valeurs ni nos combats, et d'assumer une vigilance active. Car dans cette partie, ceux qui ne se protègent pas finissent toujours par se faire dévorer, non par surprise, mais par manque de lucidité.

 

Zadig

Karlee Monster : "Je suis une femme trans et je regrette ma transition"

19/11/2025

Karlee Monster : "Je suis une femme trans et je regrette ma transition"

[Focus LGB]

Bonjour et merci, Karlee. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter et expliquer brièvement ton parcours ?

 

[Karlee Monster]
Je m’appelle Karlee Monster sur les réseaux sociaux. J’ai récemment pris la parole sur la question des détransitions, parce que je suis directement concernée : je regrette ma transition ainsi que ma vaginoplastie
Aujourd’hui, je détransitionne à ma manière, avec la conscience que certains changements sont irréversibles. Je partage mon histoire pour sensibiliser, autant les jeunes que les moins jeunes, afin d’éviter que d’autres vivent ce que j’ai vécu.

 

Dans tes vidéos, tu expliques avoir voulu “fuir qui tu étais vraiment”. Qu’est-ce qui t’a poussée à transitionner si jeune, à 17 ans ? L’homophobie intériorisée a-t-elle joué un rôle ?


Oui, je pense clairement que l’homophobie intériorisée a joué un rôle. J’ai grandi dans une famille homophobe et j’avais honte d’être un jeune homosexuel. Même marcher dans la rue en tenant la main de mon copain me mettait mal à l’aise. Ce n’est pas la seule cause, mais ça a beaucoup pesé.
Ce qui m’a poussée à transitionner, concrètement, c’est aussi la découverte sur YouTube et les réseaux sociaux de personnes expliquant qu’on pouvait changer de genre facilement. Leur discours m’a séduite, et je me suis lancée dedans sans vraiment réfléchir.
Mon objectif, à l’époque, c’était de “rentrer dans la normalité”. J’étais un jeune homosexuel dont on voyait l’orientation dans l’apparence et les manières, et je voulais absolument avoir un passing féminin irréprochable pour échapper aux moqueries, au rejet, au regard des autres.

 

À l’époque, comment les professionnels t’ont-ils accompagnée ? As-tu eu le sentiment d’être réellement entendue, ou plutôt que ton désir de transition a été validé trop facilement ?


J’ai été suivie pendant deux ans par un psychologue, parce que c’était obligatoire à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et je trouve ça très problématique.
Mais je suis tombée sur un psychologue qui ne connaissait absolument rien au sujet des transitions. Avec le recul, j’ai vraiment l’impression qu’il était surtout heureux de me voir chaque semaine pour arrondir ses fins de mois.
Il n’avait pas les compétences nécessaires pour accompagner quelqu’un dans un processus aussi lourd. Mon désir de transition a été validé très facilement : il m’a posé quelques questions rapides et s’est contenté de mes réponses pour donner son accord.
Il n’a jamais vraiment cherché à creuser mon histoire, mes difficultés, mes traumas, ni ce qui pouvait réellement expliquer mon mal-être.

 

Avec le recul, qu’est-ce qu’on t’a mal expliqué, ou pas expliqué du tout, avant ta transition et tes opérations ?


Avec le recul, je pense clairement qu’on n’a pas été honnête avec moi. J’ai été naïf, j’ai accordé ma confiance trop facilement et j’ai aussi beaucoup écouté la propagande transactiviste qui promettait des choses irréalistes.
On me présentait des influenceuses trans qui se disaient des femmes accomplies uniquement grâce à la transition. Mais ce n’est pas vrai, ce ne sont pas des femmes, ce sont des “femmes trans”. Et ce mot-là, “trans”, il change absolument tout. C’est un détail qui paraît insignifiant, mais qui porte en réalité un sens énorme, surtout pour les jeunes qui les écoutent et qui se laissent influencer.
On aurait dû m’expliquer clairement que la transition ne rend pas femme. On aurait dû me présenter la réalité, avec ses limites, ses conséquences, ses complications. Ce n’est pas ce qu’on m’a vendu.

 

Comment s’est passée la prise de conscience de ton regret ? Et comment ton entourage médical a-t-il réagi ?


Je me suis sentie extrêmement seule. Quand j’ai parlé au chirurgien de mes regrets, il m’a simplement répondu qu’il pouvait me refaire une autre vaginoplastie “pour améliorer le résultat”. Et il m’a conseillé de revoir un psychologue.
J’ai été suivie pendant sept ou huit ans par différents psychologues, et plusieurs m’ont dit, mot pour mot, qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Deux d’entre eux m’ont expliqué qu’ils n’étaient pas formés, qu’ils n’avaient pas les connaissances et que leurs collègues ne les auraient pas non plus.
On m’a dit clairement : “Vous regrettez votre vaginoplastie, mais on ne peut rien y faire.” Je me suis retrouvée face à un vide thérapeutique total.

 

Beaucoup affirment que les détransitions sont “extrêmement rares”. Que réponds-tu à cet argument ?


C’est un discours qui m’agace profondément. J’entends souvent que les détransitionneurs représenteraient quelque chose comme “moins d’1%” mais je n’y crois pas une seconde.
Le taux de suicide augmente alors même que l’accès à la transition n’a jamais été aussi facile. Logiquement, si la transition était la solution, les suicides devraient diminuer, pas l’inverse.
Et il faut rappeler que personne ne demande aux suicidés s’ils regrettent leur transition. Personne ne m’a jamais demandé, lors de mes propres tentatives de suicide, si cela avait un rapport avec ma transition ou ma vaginoplastie
Personne ne m’a jamais interrogée pour une étude, un sondage, rien. Donc comment peut-on affirmer que les détransitions sont “rares”, alors que personne ne se donne réellement les moyens de comptabiliser les regrets ?
Pour moi, ce fameux pourcentage est complètement faux, inventé, et je le rejette totalement.

 

Quel message aimerais-tu adresser aujourd’hui aux jeunes qui envisagent une transition ?


Je voudrais d’abord leur envoyer tout mon soutien. Et surtout leur dire : prenez votre temps. Une transition, ce n’est pas ce qu’on voit sur les réseaux sociaux. C’est bien plus complexe, et souvent bien plus difficile à vivre. Les conséquences physiques, mentales, sociales sont nombreuses et parfois irréversibles.
Je conseille vraiment de ne pas commencer avant 18 ans. Et même, idéalement, d’attendre 25 ans. La puberté est un processus essentiel pour le métabolisme, la santé mentale, le développement du corps, c’est la base du corps humain. La perturber trop tôt, ou la bloquer, peut avoir des conséquences graves dont on ne parle pas assez.
Entourez-vous bien aussi : famille, amis, professionnels. Parlez, échangez, consultez des psychologues ou psychiatres, même si eux-mêmes ne sont pas toujours formés, parce qu’on manque encore beaucoup de recul sur ces sujets. Mais c’est toujours ça de pris.
Et surtout, ne restez pas enfermés entre personnes trans ou dans des cercles militants LGBTQ+. Quand on ne fréquente que des gens qui pensent comme nous, on s’influence, on se conforte, on se pousse parfois dans une direction sans recul. C’est très toxique. Sortez de cette bulle !

 

Sur tes comptes TikTok et Instagram (@karlee.monster), tu partages ton témoignage. Quel est ton objectif à travers ces vidéos ?


Mon objectif, c’est que ce que j’ai vécu puisse servir à quelque chose. Il y a un an, j’ai failli mourir : 15 jours de coma, et les médecins avaient annoncé à mes proches que je ne survivrais probablement pas, ou que je reviendrais “en légume”.
J’ai compris que j’aurais pu disparaître dans le silence, sans que mon histoire, mes regrets, mes souffrances soient jamais prises en compte dans les statistiques ou dans le débat public. Et je refuse ça. Je ne veux pas que mon vécu soit effacé.
Alors je me dis que si j’ai survécu, ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui, ce que je peux faire de plus utile, c’est de la prévention. C’est pour ça que j’ai créé mes comptes : pour alerter, sensibiliser, témoigner.
À long terme, j’aimerais que mes comptes prennent de l’ampleur, pouvoir intervenir dans des médias, sur des plateaux, à la radio… Pas pour interdire la transition, mais pour qu’elle soit beaucoup mieux encadrée.
Et si, pour ça, je dois devenir une “influenceuse”, même si ce n’était pas mon intention, alors très bien. Parce que face aux influenceuses trans suivies par des millions d’abonnés, il faut aussi qu’une voix comme la mienne puisse exister.

 

Comment imagines-tu ton avenir, tant personnellement que dans ton rôle éventuel de porte-parole ?


Honnêtement, avec ma dépression chronique diagnostiquée, j’ai du mal à imaginer l’avenir de façon positive. Mais je me souhaite du courage pour affronter tout ce qu’il me reste à traverser, et surtout de la tolérance envers moi-même, ce qui n’est pas simple tous les jours.
Quant à mon rôle de témoin : si je dois devenir la porte-parole des personnes qui regrettent leur transition, je le ferai volontiers. Je n’ai rien à perdre et tout à gagner.
Le jour de ma mort, si j’apprends que mon témoignage a sauvé ne serait-ce qu’une seule personne, ou évité un seul regret, alors j’aurai tout gagné. C’est ça, mon objectif ultime : aider, prévenir, protéger.
J’aimerais aussi aller plus loin : participer à des reportages, écrire un livre, pourquoi pas même inspirer un film basé sur l’histoire d’une personne qui détransitionne. Ce serait un moyen puissant de toucher un large public.

 

Est-ce que tu aimerais ajouter quelque chose ?


Oui, j’aimerais vraiment que davantage de personnes me soutiennent sur les réseaux. Parce qu’aujourd’hui, sans abonnés, sans likes, sans partages, notre voix ne porte pas. Les grands médias ne vous invitent pas si vous n’avez pas une certaine visibilité.
Et si on veut vraiment faire bouger les choses, j’ai besoin de ce soutien.
Merci encore de m’avoir donné la parole. J’espère que mon témoignage aidera et qu’il servira à beaucoup d’autres personnes. Merci du fond du cœur.

 

Nous remercions chaleureusement Karlee Monster pour sa confiance et pour la force de son témoignage. Son parcours, difficile et courageux, apporte une parole indispensable dans un débat où trop de voix restent invisibles.
Si vous souhaitez la soutenir ou en savoir plus, retrouvez-la sur TikTok et Instagram : @karlee.monster.
Chaque abonnement, chaque partage, lui permet de faire entendre cette réalité et d’aider d’autres personnes à ne pas rester seules.

 

Propos recueillis par Zadig pour Focus LGB.

Détransition : une réalité difficile que l’on commence à écouter

12/11/2025

Détransition : une réalité difficile que l’on commence à écouter

Une étude nord-américaine récente, la plus importante du genre depuis des décennies, a interrogé près de 1000 personnes ayant interrompu ou inversé leur transition. La majorité étaient nées femmes et avaient entamé un parcours médical dès l’adolescence : hormonothérapie, chirurgie thoracique, changement d’état civil… avant de réaliser que ces transformations ne répondaient pas à leur mal-être.


Mais les femmes ne sont pas les seules concernées. Des hommes également détransitionnent, parfois après des années de traitements hormonaux ou de chirurgie. C’est le cas par exemple de Karlee Monster, une créatrice de contenu française, née homme, qui a vécu une dizaine d’années en tant que femme trans avant de regretter sa transition et sa vaginoplastie. Selon elle, et la concernant, un retour en arrière n’est pas envisageable.


Dans ses vidéos, elle décrit une profonde désillusion : « À 17 ans, naïf, j’ai sincèrement pensé pouvoir devenir une femme. Mais je me suis rendu compte trop tard qu’on ne peut pas devenir un homme ou une femme. On peut juste devenir quelque chose entre les deux : un homme trans ou une femme trans », confie-t-elle. Comme beaucoup, même si elle a scrupuleusement respecté la procédure prévue, elle estime avoir été orientée trop vite vers la transition, dans un contexte médical peu enclin à explorer d’autres causes à son mal-être.


Pourquoi revenir en arrière ? Les raisons évoquées sont multiples. Pour beaucoup, le soulagement espéré n’est pas venu, le mal-être a persisté et était souvent enraciné ailleurs : sexisme, homophobie intériorisée, traumatismes, autisme… Beaucoup décrivent un accompagnement psychologique superficiel et un manque d’information avant les décisions irréversibles.


Mais après la détransition, une autre épreuve commence : l’isolement. Ces personnes se sentent rejetées par les communautés trans et LGBT+, accusées de trahir la cause. Plusieurs parlent même de "détransphobie" : impossibilité de raconter son parcours sans être insulté ou réduit au silence. « J’ai perdu tous mes amis et tout mon réseau quand j’ai détransitionné », confie une personne au National Post. « Je me sens totalement isolée du reste de la communauté "queer". »


Sur le plan médical, c’est un désert. Seules 29% des personnes interrogées ont trouvé un soignant compétent pour les accompagner, 16% ont eu accès à un soutien psychologique adapté, et à peine 11% ont reçu des informations fiables sur les effets de l’arrêt des hormones. Certaines se battent pour trouver un chirurgien prêt à pratiquer une reconstruction mammaire, par exemple, ou un traitement pour les effets secondaires d’une hormonothérapie interrompue. Beaucoup décrivent un sentiment d’abandon par les mêmes médecins qui les avaient suivies dans leur transition.


Ces parcours rappellent la nécessité d’un véritable discernement avant toute transition médicale, surtout chez les jeunes. La transition ne doit pas être présentée comme une solution universelle. Chez certains, c’est justement leur détransition, souvent douloureuse, qui leur a enfin permis de comprendre l’origine de leur mal-être et de se réconcilier avec leur orientation sexuelle ou leur corps.


Sur les réseaux sociaux, la trend "Trans vs Detrans" illustre cette parole libérée : des visages, des témoignages, des sourires, parfois après des années de souffrance. Derrière ces récits, une même demande, celle d’être écoutés sans jugement ni récupération politique.


Ces personnes ne veulent pas prouver que « la transition est mauvaise ». Elles veulent simplement que leur expérience ait, elle aussi, sa place.

 

Isaac

Témoignage d’un membre de notre collectif : "Pourquoi j’ai tourné le dos au militantisme LGBT+"

10/10/2025

Témoignage d’un membre de notre collectif : "Pourquoi j’ai tourné le dos au militantisme LGBT+"

« J’ai commencé à fréquenter d’autres homosexuels vers 18 ans. C’était à Paris, au début des années 2000. On sortait entre amis, dans quelques bars gays, souvent les mêmes. Je n’ai jamais été un grand fêtard, mais j’aimais cette ambiance, celle d’un petit monde à part, bienveillant, où je pouvais être moi-même sans peur du regard des autres.


On n’avait pas besoin de grandes théories ni d’étiquettes compliquées. On était gays, lesbiennes, bisexuels. C’était simple.

 

À cette époque, entre 2005 et 2015, on allait presque tous les ans à la Marche des fiertés. Ce que je ressentais alors, c’était une joie tranquille, une impression d’appartenir à une grande famille. On riait, on dansait, on se sentait libres. Personne ne nous jugeait.


Je me souviens qu’on applaudissait les chars de tout le monde, des partis politiques (même de droite), des syndicats ou encore celui de la police. L’ambiance était légère, inclusive au vrai sens du mot. C’était une fête où notre seule revendication, finalement, c’était le droit d’exister comme tout le monde.

 

En 2012 et 2013, j’ai manifesté pour le mariage pour tous, et contre ceux qui voulaient nous l’interdire. C’était une période forte. On y croyait, on était fiers, on se sentait utiles. J’ai été heureux d’y participer, d’être dans la rue pour défendre quelque chose de juste. Et quand la loi a été adoptée, j’ai ressenti de la gratitude. On se disait que la France avait tenu sa promesse d’égalité. 

 

Alors, peu à peu, les marches se sont vidées, les revendications se sont apaisées. On avait obtenu ce pour quoi on se battait depuis des années.

Puis au fil du temps, quelque chose a changé. Les marches, les bars, les affiches, les stickers sur les murs du marais, tout ça n’était plus les mêmes. L’ambiance n’était plus celle d’une fête entre semblables, mais celle d’un grand meeting politique.


Les pancartes des marches parlaient de tout, mais de moins en moins d’homosexualité. On y lisait des slogans extrêmes, souvent agressifs. On y parlait de transidentité, de racialisme, d’anticapitalisme, de « convergence des luttes », de Palestine, et parfois même de haine de la police, là où, autrefois, on l’applaudissait. Et puis il y avait ces accoutrements de plus en plus provocants, parfois grotesques, qui semblaient chercher à choquer plus qu’à rassembler. Je regardais ces cortèges et je ne m’y retrouvais plus.

 

Au début, j’ai voulu rester solidaire. Après tout, on faisait partie de la même “communauté LGBT+”. Mais plus le sigle s’allongeait, moins je savais ce qu’il voulait dire.

 

Je suis homosexuel. Ma vie, mes combats, mes difficultés sont liés à mon orientation sexuelle, pas à mon “identité de genre” ni à mes origines ethniques ou sociales. Pourtant, on me disait que je devais soutenir ces autres luttes pour être un “vrai allié”. Alors j’ai essayé, par réflexe, par gentillesse, peut-être aussi par peur d’être jugé.

 

Mais plus les années passaient, plus je voyais les homosexuels disparaître derrière d’autres causes. Et j’ai fini par constater quelque chose d’encore plus troublant : des propos homophobes émanant de ceux-là mêmes qui se disaient “inclusifs”. Des discours qui minimisaient notre histoire, nos souffrances, nos combats. Je me suis senti trahi. Comme si notre voix, celle des gays, des lesbiennes et des bisexuels, n’avait plus sa place dans le mouvement que nous avions pourtant bâti.

 

Alors j’ai pris du recul. J’ai compris que je n’avais plus rien de commun avec ces nouvelles luttes. Je ne veux pas “abolir le genre” ni “renverser le patriarcat mondial”. Je veux simplement que les homosexuels puissent vivre libres, aimer librement, sans peur ni honte. Ce n’est pas un programme politique, c’est un principe humain.

 

Un jour, j’ai découvert que je n’étais pas seul à penser ainsi. J’ai lu des témoignages, vu des comptes qui disaient tout haut ce que je ressentais en silence. Parfois, c’étaient des gens avec des idées politiques très marquées, qui ne me ressemblaient pas non plus. Et parfois, des personnes qui, comme moi, voulaient simplement revenir à l’essentiel : défendre les droits des lesbiennes, des gays et des bisexuels, sans se perdre dans des idéologies qui n’ont rien à voir avec nous.

 

C’est là que j’ai appris que le collectif Focus LGB était en train de se créer. Je l’ai rejoint et j’y ai retrouvé cette clarté, cette sincérité, cette volonté d’être juste. Aujourd’hui, j’y participe modestement, en écrivant parfois des textes ou des tweets.

 

Je ne cherche pas à diviser ni à exclure qui que ce soit. Je veux simplement dire que nous avons, nous aussi, le droit de choisir nos combats. Et le mien, celui qui m’anime depuis mes 18 ans, c’est celui d’aimer les hommes librement et de défendre la place des homosexuels dans une société qui semble parfois l’oublier. »

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